Mémoires d’un gamer journaliste : Chapitre 2 – L’ère des 8bits

Mémoires d’un gamer journaliste : Chapitre 2 – L’ère des 8bits

Lors du premier chapitre, je vous évoquais mes souvenirs d’enfance centré sur la découverte des bornes d’arcade et de grands classiques. L’évolution de l’informatique et des technologies était si rapide que les ordinateurs allaient changer la donne, y compris pour les gamers.

En ce début des annes 80, le marché de la micro-informatique est en plein essor. Tout le monde y va de sa machine avec un système (difficile de les qualifier de système d’exploitation dans le sens moderne du terme) plus ou moins propriétaire basé sur les quelques processeurs disponibles sur le marché (Z80, Motorola 6502, Intel 8088, etc.). Le nombre de machines est telle que pour les plus jeunes d’entre vous, il n’existe aucun marché technologique actuelle qui pourrait lui être comparée. De nos jours, on a droit à 3 constructeurs côté consoles et 4 standards informatiques que sont Windows, Android, iOS et OSX (oui je sais il y a aussi Linux mais c’est loin d’être grand public).

La variété des machines était vraiment incroyable à tel point qu’il était vraiment difficile de s’y retrouver. Que ce soit en Europe, aux US ou en Asie, on voyait pulluler dans les rayons des marques dont la majorité a disparu depuis. Les plus anciens d’entre vous se souviennent sans doute de machines anglaises telles que les Amstrad CPC, la BBC Micro, la ZX Spectrum (successeur de la ZX 81), les Oric 1 et Oric Atmos, la Lynx (à ne pas confondre avec la console portable d’Atari), les Dragon 32 et 64 ou encore l’Enterprise 64 et 128. Les français n’étaient pas trop en reste puisqu’on avait droit à la série des machines Thomson : la TO7, TO7/70, MO5 (Merci le plan informatique pour tous dans les collèges). Certains se souviennent aussi peut-être de l’ordinateur Alice de Matra Hachette. Moins sans doute se souviennent d’un ordinateur à la forme assez particulière, le Squale, qui aura connu une très courte vie.

Côté américain, des machines telles que le TRS-80 ou encore le TI99/4A de Texas Instruments tentaient de faire face au succès d’un certain Commodore VIC 20, de l’Apple IIe, des différents Atari (400, 800, 600XL, 800XL, 1200XL) et de mon ordinateur chéri, le Commodore 64. Même IBM s’y était mis avec son fameux IBM PC puis IBM PC Jr que bien des clones vont reprendre pour devenir ainsi le marché PC que nous connaissons de nos jours avec comme système d’exploitation le DOS d’un certain Microsoft.

Bien d’autres machines ont été lancé un peu partout dans le monde. Le Dai fût par exemple l’un des rares ordinateurs belges. Mais on trouvait aussi des machines derrière le rideau de fer dans l’Union Soviétique de l’époque et quelques pays de l’est, au Brésil, dans d’autres pays européens et en Asie comme à Taiwan, Hong Kong et bien sûr au Japon avec notamment le standard MSX avec des machines chez Sega, Sharp, Canon, Yamaha ou encore Sony qui me faisaient rêver surtout avec leurs jeux.

Bref, imaginez-vous tenter de décider de votre première machine dans un marché si éclaté. Difficile n’est-ce pas? Toutes ces machines avaient des forces et des faiblesses. Certaines étaient plus ou moins des clones d’autres. Mais déjà à l’époque j’avais compris une chose : ce n’est pas le hardware qui compte mais le software. Pour moi, il fallait que je choisisse la machine ayant une large bibliothèque de programmes et de jeux (bon ok, surtout de jeux ^_^). l’Apple IIe dominait haut la main en ce temps là mais était hors de prix. Je me suis alors tourné vers la seconde machine, le Commodore 64. Bien m’en a pris.

Aborder l’informatique avec le C64 n’était toutefois pas la meilleure solution pour un pur débutant. Toutes les commandes en mode texte, un langage BASIC coton avec peu d’instructions nécessitant de taper en permanence dans la mémoire, un véritable enfer. Les programmeurs actuels ne pourraient probablement pondre quoique ce soit tellement habitués à tous ces moteurs, toutes ces bibliothèques, middlewares et autres outils qui vous prémâchent un max de boulot.

A mes débuts, aucun ouvrage n’existait en français sur le C64. Je m’étais alors lancé sur des livres anglophones pour apprendre un minimum à programmer et comprendre le fonctionnement de la machine. Autant vous dire qu’avec le niveau d’anglais d’un collégien, il fallait vraiment en vouloir. Les seuls écrits qui me permettaient de remplir la mémoire de la machine avec des programmes plus ou moins intéressantes était le fameux Hebdogiciel et ses pages de listing qu’il fallait retaper. Je me souviens encore de ces heures à taper des lignes de code lues par mon frère et à lancer le programme pour le voir planter lamentablement généralement à cause d’une faute de frappe. Je m’entends encore crier à ma mère de ne pas éteindre le C64 pour qu’on ne perde pas le programme qu’on venait de se taper. Bref, la préhistoire de la programmation…

Evidemment, comme beaucoup, l’excuse de l’ordinateur pour apprendre avait été utilisé avec subtilité pour convaincre les parents. Mais je n’en oubliais pas le jeu et le tout premier que j’ai eu sur le Commodore 64 fut l’adaptation de Pooyan, le titre de Konami. Ce fut le premier d’une longue liste car au fil des mois le C64 était devenu le micro-ordinateur de prédilection pour le jeu vidéo avec un parc installé colossal, des tas d’adaptations de bornes d’arcade et des développeurs toujours plus talentueux pour puiser dans les capacités de la machine. C’était aussi, surtout en France, le début de la guerre C64 VS Amstrad CPC. Pour l’action, la majorité de mes potes se retrouvait chez moi pour se marrer sur des adaptations de jeux d’arcade ou de célèbres séries de jeux de sports. Toutefois, pour les jeux d’aventure ou les titres en affichage isométrique, l’Amstrad CPC dominait. Personnellement, je n’aimais vraiment pas le CPC excepté pour un titre, Match Point (ou Balle de Match en VF), un jeu de tennis assez punchy dont l’équivalent sur C64 n’était pas aussi bon.

Nombre de jeux m’ont marqué sur le C64 mais l’un d’eux tout particulièrement, Way of the Exploding Fist. Pourquoi? Tout simplement parce que, comme évoqué dans le premier chapitre, je passais mes étés en Espagne et j’avais vu un jeu d’arcade nommé Karate Champ, l’un des ancêtres du jeu de baston moderne. On dirigeait un karateka grâce à deux sticks. J’y passais nombre d’heures et je rêvais de voir cela à la maison. Or, un petit développeur nommé Melbourne House avait développé un jeu qui me paraissait similaire, Way of the Exploding Fist. Je l’avais commandé avant de partir en vacances et pendant tout l’été, il me tardait de rentrer à la maison pour y jouer. Anecdote musicale, en ce temps là j’écoutais le groupe Duran Duran qui avait une chanson nommée Save a Prayer. La sonorité un brin asiatique de ce titre me paraissait être parfait pour un jeu de baston. Une fois à la maison, je découvre ce titre de Melbourne House avec un bonheur incroyable. Ce titre et sa suite ne seront détrônés à la maison que par un certain International Karaté. Bien d’autres titres ont remplis les weekends et les après-midi. La liste serait trop longue pour tous les citer quand on sait que la logithèque du C64 est l’un des plus fournis de l’histoire du jeu vidéo.

Outre la programmation et le jeu vidéo, un autre aspect du C64 m’aura marqué : le son. A cette époque, j’avais débuté une formation musicale en solfège et violon. Je prêtais donc attention à l’aspect sonore et sur ce point le C64 était vraiment au-dessus de la mêlée. Fini le temps des bruitages sourds et des beep simplistes. On avait droit à des instruments et des bruitages crédibles. Nombre de titres avaient des chiptunes mémorables. Quelques artistes étaient devenus vraiment reconnus pour leur travail. Je citerais pêle-mêle des musiciens comme Rob Hubbard, Ben Daglish, Martin Galway, Chris Huelsbeck ou encore Jonathan Dunn (ah la musique de fin sur Platoon…) entre autres. C’est à cette époque j’ai commencé à m’intéresser à la composition musicale avec notamment un logiciel nommé Music Studio sur mon C64 adoré. Plus tard, les Soundtracker, ProTracker et autres Oktalyser sur Amiga scelleront mon intérêt pour la musique informatisée.

Music Studio sur Commodore 64

Music Studio sur Commodore 64

Bref, le C64 représente énormément pour moi. J’ai découvert l’informatique et les possibilités offertes. Cela m’a ouvert les yeux sur un avenir qui, par moment, me paraissait digne de la science fiction pour le gamin que j’étais. J’avais toujours l’impression de rêver tout éveillé quand je m’amusais avec l’ordinateur. J’avais l’impression de faire un bond dans le futur et quelque part, encore maintenant, quand j’utilise mon smartphone, mon ordinateur ou tout objet électronique, j’éprouve toujours ce zeste d’émerveillement.

Si l’arcade m’avait fait découvrir le jeu vidéo, c’est sans doute mon côté autodidacte qui m’a fait mieux l’apprécier et pas uniquement en tant que gamer. Le C64 m’a fait prendre conscience que derrière un jeu il y a tout un travail, un fonctionnement, une ingéniosité, du talent, de la créativité, des personnes persévérants, des pionniers qui devaient tout inventer. D’avoir conjointement appréhendé l’informatique et une de ses applications directes m’a sans doute permis de mieux comprendre ces industries naissantes dans leur globalité.

Certains seront sans doute surpris de ne pas me voir évoquer les consoles. Même si j’étais un contemporain des consoles tels que l’Atari VCS 2600, la Colecovision ou encore le Vectrex dans cette première moitié des années 80, il ne faut pas oublier que le marché console s’était effondré à cette époque. Bien sûr qu’en tant que gamin, je rêvais d’en avoir une, surtout la Colecovision avec son Zaxxon si proche de l’arcade (enfin, dans mes souvenirs). A chaque fois qu’on allait faire les courses au supermarché, je traînais dans la section consoles à jouer. Mais il était tout de même plus facile de convaincre les parents d’une utilisation polyvalente d’un micro comparé au côté purement ludique des consoles n’est-ce pas? Les consoles ne reviendront vraiment en force qu’à la fin des années 80 et au début des années 90 avec la génération NES/Master System puis SNES/Megadrive avant de connaître une explosion avec la génération PlayStation.

Le Commodore 64 fût ma porte d’entrée au monde informatique et ludique en faisant de moi un gamer avec un intérêt pour l’aspect technique. J’allais très vite découvrir qu’il allait aussi devenir ma porte d’entrée dans le monde de la presse magazine jeu vidéo et informatique par le plus grand des hasards.

Mais cela est pour le prochain chapitre… 😉

Pour ceux qui ont raté le chapitre 1, cliquez ici.

Co-fondateur de Playscope, Michel est un des dinosaures de la presse spécialisée informatique et jeux vidéo. Certains diraient même fossile depuis le temps qu'il oeuvre dans cette industrie (1987). Il a survécu à nombre de magazines, d'éditeurs et de sites web. Côté jeux, il monte ses trois gardiens sur Destiny 2 et se prépare pour divers jeux de course comme Project Cars 2 et GT Sport.

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