La guerre a changé. La guerre est devenue routine. C’est en ces termes que vous allez plonger au coeur de ce quatrième épisode de la saga Metal Gear. Si l’attente a été longue, le plaisir n’en est que plus intense... surtout pour les adeptes de la saga.
Dans un monde consternant de violence, de déshumanisation, Snake tente une fois encore de retrouver Liquid et d’en finir une bonne fois pour toutes. Mais les temps ont changé. Les technologies ont changé. Les nanotechnologies ont modifié la donne. Avec un contrôle quasi intégral, les guerres sont devenues d’une banalité affligeante où l’humanité n’y a plus sa place, l’humain ne devenant alors que des pions sous le joug des machines et de ceux qui les maîtrisent. C’est dans ce contexte qu’évoluera un Snake vieillissant touché par une maladie inconnue et incurable et bénéficiant de cette aide technologique pour remplir les missions. Les fans de la saga retrouveront pour la grande majorité tous les automatismes avec toujours cette fameuse interface pour changer d’armes ou d’équipements.
Si vous vous attendiez à une refonte totale de la jouabilité de cette saga, passez votre chemin. Malgré une nouvelle caméra, cet épisode conserve tous les ingrédients qui ont fait le succès (ou les critiques) des précédents volets. La progression se fait par secteur et le déroulement de l’aventure en plusieurs actes comme une pièce de théâtre. Action/infiltration oblige, il est fortement conseillé de ne pas foncer dans le tas et d’utiliser les capacités de Snake ainsi que tous ses gadgets et équipements pour atteindre ses objectifs sans trop se faire repérer. Ceux-ci s’étofferont au fur et à mesure que vous les piquerez aux adversaires. Parmi les innovations, la tenue caméléon de Snake est plutôt pratique pour moins se faire repérer et est en fait une extension du concept initié sur MGS3 avec les tenues de camouflages. Ici, tout se fait automatiquement puisqu’il suffit de s’accoler à un mur, au sol ou tout élément du décor pour que votre combinaison en prennent les textures. Parmi les autres nouveautés, notons le Solid Eye qui sert à la fois de jumelles que de vision nocturne mais aussi de radar. Une jauge de stress fait également son apparition. Plus cette jauge augmente et moins Snake est efficace et peine à récupérer. Enfin, histoire de varier les plaisirs, vous aurez droit à des séquences d’action pur et dur où il suffira de tirer, le déplacement se faisant automatiquement. Une autre séquence vous demandera beaucoup de discrétion puisqu’il faudra filer un espion sans se faire repérer à travers une ville.
Le personnage de Drebin est incontournable dans MGS4. Très rapidement vous allez faire sa connaissance et vous rendre compte que son aide sera des plus précieuses. En effet, dans un contexte où tout est contrôlé par les nanomachines, ce marchant d’armes a plus d’un tour dans son sac. En effet, non seulement vous pourrez lui revendre toutes les armes que vous allez ramasser (pensez vraiment à en amasser un max), mais sans ses capacités de pirate, vous pourrez de toute manière pas les utiliser. Chaque arme étant protégée pour n’être utilisable que par son propriétaire, Drebin est seul capable de les débloquer moyennant des DP (Drebin points, la devise du coin) que vous obtenez justement en ramassant toutes les armes qui gisent à côté des cadavres et ça et là dans les décors.
Initié avec MGS3, la partie online de MGS4 nommé tout simplement MGO est un magnifique cadeau. Imaginez la jouabilité d’un MGS dans un contexte multijoueur avec ce que cela implique de stratégie, tactique, infiltration, position, évolution de son personnage, etc. A l’instar de ce qu’on trouve de plus en plus dans les modes online, MGO offre son lot de personnalisations possibles pour créer son héros. En fonction des capacités spécifiques que vous lui attribuerez vous pourrez par exemple accéder à certaines catégories d'armes. Vous aurez ainsi la possibilité de choisir quatre capacités sur une liste assez longue. Cela peut lui procurer de meilleures compétences dans des domaines comme la précision de tir, le physique, l'utilisation de leurres ou encore le combat au corps à corps. Plus vous jouez et gagnerez de l'expérience et plus vous pourrez améliorer votre soldat. La personnalisation s’étend évidemment au look de votre héros avec différents costumes et équipements possibles. Jusqu’à 16 joueurs peuvent s’affronter selon différentes règles en solo ou par équipe. S’il n’a pas la vitesse et la frénésie d’un Call of Duty 4, MGO offre une jouabilité et une approche différente qui devraient plaire à ceux qui aiment le combat « intelligent » où ruse et furtivité peuvent s’avérer des armes maîtresses pour la victoire.
Même si certains vous diront que MGS4 n’est plus aussi impressionnant qu’à ses débuts, il y a un « quelque chose » dans le travail de cette équipe qui démarque immédiatement le titre des autres productions. La palette de couleurs utilisée est l’une des signatures de la saga MGS et ce quatrième volet ne déroge pas à la règle. Le soin apporté aux modélisations démontre qu’il est possible de créer des personnages physiquement crédibles et non un amas de polygones difformes comme c’est souvent le cas. Le chara design est soigné car même s’il se veut réaliste, l’interprétation graphique et artistique d’éléments pourtant inspirés de la réalité ajoute à la personnalité de ce MGS. Plus encore, la foultitude d’effets graphiques et spéciaux rendent l’ambiance visuelle très riche et crédible avec ce zeste de chaos nécessaire. Côté animations, je me répète épisode après épisode, mais j’aurais aime des mouvements plus variés et plus « coulés ». Même si Snake est plus vieux et que ses rhumatismes lui font mal, certains mouvements me semblent vraiment manquer de crédibilité en raison d’une animation à la main. Pour avoir eu l’occasion de discuter avec Kojima de ce point, je suis encore étonné que le travail sur l’animation dans le jeu n’ait pas bénéficié du même soin que pour les cinématiques avec la motion capture. Cela reste dans l’acceptable mais c’est sans doute le point le plus critiquable à mon avis. C’est d’autant plus flagrant que les NPC sont presque mieux animés que le héros du jeu. Pour ce qui est du son, rien à redire. Les musiques d’Harry Gregson-Willimas sont sublimes et secondent parfaitement l’action et renforcent les moments d’émotion. Tout l’environnement sonore étant en 5.1, je vous conseille vivement d’y jouer avec un ampli home cinéma pour profiter pleinement du travail accompli par l’équipe en collaboration avec Dolby. La mise en scène est toujours top niveau et vous plonge aisément au cœur de l’action. Les cinématiques utilisant le moteur du jeu, l’équipe se permet de basculer de l’un vers l’autre en temps réel sans aucune coupure ou transition. Kojima s’est même permis quelques « délires » comme une séquence de jeu en écran splitté car l’action se déroule en deux endroits différents. L’un n’est que visuel tandis que vous « travaillez » à éliminer des robots. C’est surtout intéressant pour les spectateurs, le joueur devant se concentrer sur sa mission.
Subjectif je le suis forcément avec la saga Metal Gear. Elle fait partie de celles qui m’ont marqué en raison de son approche très cinématographique et d’un concept de jeu depuis très largement copié. Si cet épisode peut surprendre au départ puisque l’équipe – depuis MGS3 Subsistence – délaisse les plans de caméra fixe pour une vue à la troisième personne, la structure ludique, la progression à travers les zones et les actes vous rappelleront illico que vous êtes bien dans un MGS. Avec cette nouvelle vue (également jouable en vue subjective ou d’épaule d’ailleurs), MGS4 gagne en fait en jouabilité et en lisibilité. Bref, MGS4 ne souffre pas de défauts de jouabilité majeurs même si certaines âmes chagrines pourront déceler ça et là des bugs d’affichage et une IA toujours aussi tolérante sans laquelle le jeu serait probablement injouable si trop réaliste. J’ai plutôt bien aimé la possibilité d’avoir pour la majorité des missions des chemins différents possibles. Ce zeste de liberté et d’un script moins dirigiste est le bienvenu.
Alors que penser de ce MGS4 ? Je vais dire que ce quatrième volet est absolument à posséder si vous êtes comme moi un fan de la saga. Toutes les questions que vous vous posiez depuis les épisodes 1, 2 et 3 trouvent ici leur réponse avec une belle maestria. Nombre de personnages de la saga refont leur apparition plus ou moins en guest star et le jeu est truffé d’allusions plus ou moins directes à des évènements de précédents volets. Les fans apprécieront. Si vous n’êtes pas un connaisseur de la saga, MGS4 pourrait sans doute rebuter en raison du parti pris de son créateur avec des séquences de jeu entrecoupées de longues cinématiques. Même si Kojima considère que cet épisode est une entité complète en soi, il faut bien avouer que vous raterez un peu de l’intrigue si vous ne connaissez pas les tenants et les aboutissants. Vous devrez alors tenter de les « capter » au fil des cinématiques déversant leur flot d’informations à digérer.
Au final, Metal Gear Solid 4 Guns of the Patriots est à mon sens un titre qui vous en donnera pour votre argent que vous soyiez un fan de la première heure ou un nouveau soldat. Vous participerez ainsi à une aventure grandiose digne de la PS3. MGS4 est un voyage, un trip, un plongeon dans un univers particulier avec ses règles, ses codes, ses lois, sa morale, son humour parfois grivois, ses émotions pouvant vous tirer des larmes et un message. Pour ce dernier, je vous laisse le soin de le découvrir ou de l’interpréter à votre guise.
Note : 9/10








































