I am Setsuna – Je suis hommage, nostalgie et simplicité… simpliste

Jeux PC PS Vita PS4

Reniflant la douce odeur du filon nostalgique, Square Enix revient aux RPG japonais à l’ancienne (ou JRPG) avec son studio Tokyo RPG Factory. C’est sous la forme d’une nouvelle licence à petit budget que la manœuvre est organisée. Assez proche d’un jeu indé, tant dans la forme que dans le fond, I am Setsuna se présente comme une ode aux principes et codes éculés du JRPG des années 90. Ici, pas de cinématiques à base « d’Emotion Engine » et autres balivernes techniques et technologiques distillées depuis l’avènement de la PS2. Simplement un titre qui tente tant bien que mal de suivre les traces de ses aïeux à succès, Final Fantasy VI (SNES – Squaresoft) et Chrono Trigger (SNES – Squaresoft) par exemple pour l’ère 16 bits, ou encore Gensô Suikoden (PSOne – Konami) pour le début de l’ère 32 bits.

Forcément mercantile et jouant sur la corde sensible des « vieux » joueurs, la démarche de Square Enix avec I Am Setsuna n’en mérite pas moins d’être saluée à l’heure où la firme s’évertue à boucler tant bien que mal un Final Fantasy XV que l’on souhaite véritablement au niveau des meilleurs épisodes de la saga. I am Setsuna, même s’il est loin de la superproduction AAA doit être avant tout considéré pour ce qu’il est : un titre sans prétentions démesurées, à l’échelle du monde indé et qui présente certaines qualités non négligeables.

I am Setsuna._20160722160232

Sa première de qualité ? Tout simplement sa direction artistique. La patte graphique insufflée au titre par le studio Tokyo RPG Factory s’avère séduisante, apaisante tout en étant froide et teintée d’une profonde mélancolie, telle l’histoire de Setsuna elle-même. La majorité des musiques du titre, jouées essentiellement au piano, parachèvent d’apporter ce vent de simplicité, de mystère et de tristesse palpable apporté par le titre. Ce choix vient rappeler par ailleurs les sonorités forcément dépouillées des musiques des bons vieux RPG de nos machines 16 bits. Final Fantasy VI est là pour en témoigner. Comble du raffinement en ce qui concerne le filon nostalgie, des voix se font parfois entendre mais peuvent être coupées pour laisser place au seul texte, à l’ancienne. Du reste, nul besoin de trop entrer dans les détails technico-techniques. Si ce n’est que nous avons des personnages 3D en « Super Deformed » (ou SD) intégrés dans un rendu 3D en simili 2D vue de dessus. Des effets spéciaux sympathiques lors des combats viennent nous rappeler le temps de quelques secondes que, oui, nous sommes en 2016. N’oublions pas non plus la carte du monde à l’ancienne, ne respectant pas l’échelle, typique des JRPG d’antan mais sur laquelle on se sent à nouveau tellement libre !

I am Setsuna._20160722154903

Sa seconde qualité ? Son système de jeu sans fioritures mais suffisamment dense, notamment en termes de bidouilles possibles. On se retrouve en effet avec un système de slots présents sur les équipements. Des Spiritines, sortes de Matérias pour les amateurs de Final Fantasy VII, viendront s’insérer dans les slots afin de fournir magies, pouvoirs spéciaux aussi bien que capacités passives. Côté progression, exit ici les arbres d’aptitudes aux embranchements multiples, complexes et souvent lourdingues. On est sur du simple, de l’efficace et tout est clairement expliqué via des tutoriels relativement synthétiques. Quant aux combats, ils sont basés sur le célèbre système ATB (Active Time Battle) au tour par tour de chez Square. Avec une jauge de temps pour chacun des trois protagonistes présents dans l’équipe et une sélection d’actions simplissimes, on ne peut faire difficilement plus aisé : attaque au corps à corps, magie ou capacité spéciale/combo et utilisation d’objets. En outre, attendre une fois la barre ATB complète permettra d’engranger des points de pouvoir. Ces points pourront être utilisés pour renforcer les attaques magiques ou spéciales grâce à un mini-QTE apparaissant à l’écran au moment opportun. Certains personnages pourront également lancer des attaques combinées, toujours utiles avec leur rayon d’action touchant plusieurs bestioles malfaisantes en un seul coup. Comme dans tout bon JRPG qui se respecte, il est également possible de cuisiner des petits plats, customiser ses armes… Un système globalement complet mais qui demeure simple et immédiatement accessible. Honnêtement, ne pas passer plus de deux heures de tutoriel déguisé permettant de s’acclimater à un système de jeu mal pensé ou lourdingue, ça fait un bien fou !

I am Setsuna._20160724224400

Et les défauts me direz-vous ? Principalement, il y en a deux. Tout d’abord un que la tentative de mise en exergue de la nostalgie du JRPG à l’ancienne ne peut malheureusement excuser : la linéarité de l’aventure et globalement le manque de punch du titre. Le scénario se base sur Setsuna, jeune fille de tout juste 18 ans choisie comme sacrifice d’un rituel séculaire, voué à apaiser les monstres et diminuer ainsi les attaques sur son monde. Vouée à une mort certaine, Setsuna et ses compagnons dont le mercenaire Indir que l’on incarne en apprendront bien entendu régulièrement plus sur le dernier sacrifice en date qui ne semble pas avoir eu l’effet escompté. Néanmoins, tout dans ce scénario est bien trop téléphoné et les surprises n’en sont rapidement plus vraiment. Pour le second défaut, c’est quant à lui l’ambiance générale parfois soporifique qui émane du titre ainsi que sa lenteur dans le déroulement, accentuée par ailleurs par cette fameuse OST quasi essentiellement interprétée au piano.

iamsetsuna_screens_0012

Au final, I am Setsuna est un titre de petite envergure qui s’assume et se pare de qualités artistiques indéniables. Cependant, en voulant trop surfer sur la vague de la nostalgie du JRPG d’antan et son charme désuet, il en oublie d’en faire un peu plus sur des points cruciaux comme son scénario ou encore son ambiance sonore. Une bande son effectivement plombée par une simplicité qui, bien qu’en adéquation avec le parti pris « retour aux sources », s’avère finalement exagérément mise en exergue par l’omniprésence de morceaux joués seulement au piano. Un JRPG se joue mais un JRPG se vit également et se doit d’apporter des émotions. Et, en l’absence de cinématiques en images de synthèse, cette vie, ces émotions étaient à l’époque amenées à la fois par le caractère et la personnalité de chaque protagoniste, mais aussi et surtout par des compositions qui se devaient de toucher et d’amener l’émotion. Impeccable de part son système de jeu, sympathique visuellement et artistiquement réussi, I am Setsuna n’en demeure pas moins une petite déception. Il n’empêche que le soft de Tokyo RPG Factory ne manquera pas de jouer la sérénade aux doux nostalgiques d’une époque révolue, pour les séduire, tout simplement. Pour les plus jeunes qui seraient piqués par une certaine curiosité, l’aventure peut être intéressante, mais ne vous attendez pas à être époustouflés.  I am Setsuna est une sorte de petit musée de quartier à la gloire du JRPG, avec tout cela implique !

6.5

Correct

Gamer depuis 28 ans, sa passion pour le jeu vidéo demeure toujours aussi forte. Touche à tout et ouvert, il a néanmoins toujours un faible pour l'univers de Nintendo, entre nostalgie des glorieuses années passées et marasme de ces dernières années !
Average User Rating Write A Review 0 User Reviews
0
0 votes
Rate
Submit
Your Rating
0

Lost Password

Sign Up