A Plague Tale Innocence – Sale petite peste

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Envie de balades dans des paysages bucoliques, de poursuites frénétiques et séances de cache-cache pléthoriques en pleine épidémie de peste bubonique ? Voilà un programme à priori sympathique… mais y’a comme un hic.

Né sur les cendres de Kalisto Entertainment (ex Mindscape Bordeaux), Asobo Studio a passé le cap des seize années d’existences. Pas mal. Jusqu’à présent le studio bordelais s’est illustré dans la réalisation d’adaptations vidéo ludiques de films sortis sur grand écran (La Momie, Wall-E, Ratatouille, Toy Story 3), le portage de jeux pour le compte d’autres studios (The Crew sur Xbox360) et bien sûr le développement de jeux originaux. Citons d’abord Fuel, sympathique jeu de course post-apocalyptique paru en 2009, puis Recore (titre médiocre développé à quatre mains avec Armature et Comcept, exclusif à la Xbox One… vraiment fallait pas) et finalement ce A Plague Tale Innocence. Verdict ? Non il est encore trop tôt pour se prononcer. Abordons plutôt voulez-vous l’histoire avec un grand H.

Cette aventure se déroule vers 1430, durant la fameuse guerre de Cent Ans, en plein cœur de la Guyenne, qui était autrefois une vaste province du Sud-Ouest de la France. Donc, bien avant que Christophe Colomb ne trempe l’orteil sur les plages des Bahamas ou que la Renaissance italienne livre ses plus belles œuvres, A Plague Tale Innocence invite à suivre les péripéties des frangins de Rune poursuivis par l’inquisition en pleine épidémie de peste. Est-ce vraiment un hasard ? Hugo, le petit frère de Amicia (la jeune héroïne) semble être rongé par un mal ancien ce qui a attisé l’ire des fous de dieux mais aussi celle… de nuées de féroces rongeurs. Fuyez pauvres fous !

Ravalez vos espoirs de monde ouvert. A contrario de Fuel (voire même de Recore), A Plague Tale Innocence offre un périple à travers la Guyenne qui a davantage l’allure d’une visite guidée. Très dirigiste, il alterne les phases d’infiltration, de poursuite (à travers un village pittoresque), de réflexion et même de combat. Hélas l’alchimie n’est pas parfaitement dosée. Ce jeu d’aventure à la troisième personne impose de crapahuter le plus souvent dans les hautes herbes pour tromper la vigilance des soldats ou de se réfugier auprès de sources lumineuses pour fuir les hordes de rats qui grouillent dans les ténèbres ! A l’inverse d’un sympathique Ratatouille (du même développeur) qui préparait à bouffer à ses convives, ses lointains ancêtres ne pensent qu’à dévorer tout ce qui passe à portée de leurs ratiches… avouez que c’est ironique ! Par conséquent n’hésitez pas à livrer en pâture un morceau de jambon, un cadavre ou même encore un ennemi pour détourner l’attention de ces hordes de gloutons. Quant aux soldats et inquisiteurs, il est possible de se jouer d’eux en lançant une pierre sur des tas de ferraille ou en envoyant valdinguer un vase sur le sol. L’ennemi ainsi attiré par le bruit, après qu’il se soit éloigné de quelques pas, on peut poursuivre notre chemin en passant à pas feutrés dans son dos. Difficile de foncer bille en tête sous peine d’être le plus souvent attrapé par le poursuivant –avare en paroles – qui inflige alors une estocade mortelle à notre jeune héroïne.

Lors de l’aventure Amicia peut glaner une multitude d’ingrédients disséminés dans les décors pour améliorer son équipement ou élaborer différentes substances alchimiques. Elles permettent par exemple d’envoyer un soldat dans les bras de Morphée, de lancer un puissant corrosif sur inquisiteur pour le contraindre à retirer son heaume, d’attirer les rats des alentours sur une cible, de produire un flash aveuglant pour se débarrasser des rongeurs ou d’incendier une torche à distance : par quelle sorcellerie ? Soit par la force du poignet de la jeune aristocrate soit par l’intermédiaire d’une fronde. Cette dernière plus bruyante à l‘usage qu’un simple lancer s’avère en revanche expéditive pour tuer un ennemi par un simple tire de pierre à la caboche… du moins en théorie. En pratique on peine parfois un peu à enchaîner les headshots lors de certaines phases d’action. En cas d’échec, on recommence depuis un point de sauvegarde situé juste avant un combat ou une épreuve d’infiltration. Une façon sans doute de ne pas nous décourager durant la “vingtaine” de chapitres que compte le jeu. Soit environ moins d’une dizaine d’heures de jeu. L’aventure semble tout de suite plus courtaude !

En ce qui concerne sa réalisation le jeu en met plein les yeux sitôt le mode histoire lancé. Les paysages sauvages de la Guyenne sont complexes et magnifiés par des splendides effets de lumières. La végétation, bien que dense, n’offre qu’une gestion pas très poussée des collisions, pour ne pas dire minimaliste. Un brin dommage. Globalement, les environnements externes comme les décors médiévaux à l’architecture gothique sont détaillés et offrent une véritable escapade au temps de la Guerre de Cent Ans. Et il faut vraiment s’aventurer dans les profondeurs d’un donjon oublié pour que le rendu paraisse moins chatoyant et les couleurs vibrantes. La plupart des principaux protagonistes et antagonistes bénéficient de modélisations attachantes ou patibulaires, les secondes couteaux (alliés juvéniles d’Amicia) dépareillent par leurs allures trop peu charismatiques. Techniquement, A Plague Tale Innocence est plutôt joli même si l’on note parfois un léger effet de tearing – déchirure de l’écran – et quelques rares petits coups de mou sur la mouture PlayStation4. Evidemment ce que l’on reproche le plus à ce jeu c’est peut-être sa trop grande linéarité et le manque de variété des challenges. La maniabilité n’est pas malheureusement pas dépourvue de défauts, Amicia manque de souplesse qu’elle soit embarquée dans un combat en face à face ou une phase d’infiltration/réflexion. Infligeant au joueur de composer avec une jouabilité un peu lourdingue, le titre sanctionne la moindre erreur par une mort rapide et instantanée. Pas étonnant, l’héroïne ne se trimballe même pas le moindre item curateur. Frustrant. S’il est parfois un ravissement pour les yeux, A Plague Tale Innocence n’oublie pas de régaler nos cages à miel ! Pour ce qui est de la bande-son, le jeu réalise un quasi sans-faute de goûts. Comprenez par-là que les musiques médiévales sont entraînantes, bien plus que les compositions stridentes qui coïncident avec l’arrivée des horribles rongeurs. Précisons aussi que ce jeu bénéficie d’un casting de doubleurs de très grande qualité.

Réussi sur la forme, dirigiste et manquant parfois de rythme, A Plague Tale Innocence tire son épingle du jeu par sa trame historique assez inédite. Sans s’imposer comme la nouvelle référence de l’infiltration, la dernière production de chez Asobo offre une aventure un tantinet courtaude (moins d’une dizaine d’heures) mais qui mérite le coup d’oeil.

Good

  • Graphiquement c’est plutôt joli
  • Le scénario, les persos attachants, le prix
  • Ses musiques et voix en VF

Bad

  • Hyper dirigiste
  • “Ultra” répétitif et court
  • Une maniabilité rigide
7

Bon

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.
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