Assassin’s Creed Valhalla – Oh you touch my Valhalla !

PC PS4 PS4 Pro Tests Xbox 360 Xbox One Xbox One X

Enfilez une petite laine ou une peau de bête, direction plein Nord au Royaume de Norvège pour découvrir le nouveau volet de la franchise d’Ubisoft. Bienvenue dans un monde de brutes épaisses !

Si elle avait adopté une cadence infernale de sortie quasi-annuelle depuis 2007, la franchise Assassin’s Creed a pris un peu plus son temps avant de livrer ce Valhalla. Pour mémoire -avec du recul et plus d’une centaine d’heures passées dessus – l’excellent Odyssey était sorti en 2018. Après deux ans d‘attente voilà enfin le troisième opus des exploits de Layla Hassan, la remplaçante de “feu” Desmond Mile délaisse enfin l’Antiquité (Grecque et Egyptienne) en partant à la découverte des coutumes sanglantes des vikings pour une odyssée bien bourrine à travers le Nord de l’Europe moyenâgeuse… et au-delà ! Si on ne voyait pas trop le lien entre les deux derniers volets, Valhalla semble enfin apporter son lot de révélations en remontant un peu plus aux origines de la confrérie des Assassins. Mieux encore il semble avoir glissé plus ou moins subtilement des références à d’autres jeux ou spin-off de la saga. À l’instar d’Odyssey  le jeu laisse le choix d’incarner Eivor (masculin ou féminin, pas de jaloux, voir les deux) lancé dans une quête vengeresse à travers les étendues enneigées de la Norvège. Un scénario de départ assez classique, la suite l’est moins !

Pas question de se peler les miches pendant plusieurs dizaines d’heures dans la mère patrie du Prince Fortinbras ! Durant son périple, Eivor, va aussi – et surtout – crapahuter à travers les vestiges de l’Empire Romain en Angleterre qui est le principal terrain de jeu de cette épopée. D’autres destinations exotiques sont au programme comme un coin réculé du nouveau monde encore inexploré et Asgard à l’occasion d’un trip sous substances hallucinogènes élaborées par la sorcière du coin. Cette dernière contrée, rappelle un peu l’expérience offerte par les DLC d’Assassin’s Creed Odyssey puisqu’il semble s’agir d’une aventure “parallèle” chez les dieux. Durant notre épopée terrestre on croise aussi des ”anomalies” semblables à des glitchs graphiques. Ces dernières emmènent le joueur vers un puzzle qui combine plateforme et réflexion, un peu comme ce qu’offrait Assassin’s Creed Revelations en son temps. Enfin, évidemment, hors de l’Animus on incarne toujours Leyla Hassan une simili-Lara Croft qui vit recluse dans une cabane au Canada en pleine épidémie de Covid-19. Un ancrage avec l’actualité qui rappelle un peu la prophétie de fin du monde de 2012 empêchée par le sacrifice de Desmond dans Assassin’s Creed III. Au final, Valhalla fait voir du pays et pourtant comme évoqué quelques lignes au-dessus l’essentiel de l’aventure se passe dans la perfide Albion. Entre deux quêtes on suit les vicissitudes d’une bande de vikings exilés en Angleterre. Afin d’améliorer son campement et le faire croître vers un village de plus en plus imposant, il faut mener des raids sur des bourgades environnantes afin de piller des matériaux (bois, lingots de différents métaux…) qui vont permettre d’améliorer les structures comme l’équipement d’Eivor. Afin de modérer notre soif de conquête, cette reconstitution médiévale de l’Angleterre est –comme la Grèce d’Odyssey ou l’Egypte d’Origins – découpée en secteurs “accessibles” à mesure que l’on monte en niveau. Pourtant, rien n’empêche le joueur un brin tête brûlée dont le niveau est plus bas de s’y aventurer. Disons que notre espérance de vie comme la probabilité de mener à bien un raid s’en retrouve dramatiquement réduites. Difficile de résister à cette envie ardente de cavaler ou naviguer vers de nouvelles terres, lorsque l’on considère que l’épopée pédale parfois dans la semoule.

Malgré un avatar de niveau 40, on parvient à accomplir une série de quêtes à Londres idéalement accessible au joueur à partir du niveau 90. Level atteint en ce qui me concerne après plus d’une vingtaine d’heures de jeu ! Certaines zones étant destinées à être explorées bien au-dela du niveau 300, Valhalla peut se vanter de disposer d’une durée de vie confortable qui dépasse logiquement la soixantaine d’heures. Plus c’est long et plus c’est bon ? N’allez pas si vite en besogne ! Notez que le niveau d’expérience n’est pas dépendant de l’équipement. Il s’évalue plutôt par le nombre de caractéristiques débloquées au fur et à mesure de l’aventure dans l’arbre de compétences. Loin d’être aussi lisible que celui d’Odyssey, l’arbre de compétences tentaculaire  (ou plutôt constellaire) de Valhalla débloque des améliorations pour la santé, pour la force et moult nouvelles bottes secrètes. Elles offrent par exemple de ralentir l’action pendant quelques secondes et de décocher une série de flèches, d’asséner des coups empoisonnés ou de se ruer sur l’ennemi, de le mettre à terre et de lui coller quelques mandales bien bourrines sur le pif ! Que les inconditionnels de l’infiltration se rassurent. Même si Eivor est une brute épaisse, il est toujours possible de faire preuve de subtilité en se faufilant au milieu des hautes herbes, d’attirer l’attention des ennemisd’un sifflement et de les neutraliser à l’aide de la lame rétractable des assassins. Pour la petite histoire notez qu’Ubisoft réintroduit la mécanique de la dissimulation dans la foule (parmi un groupe de religieux) ou en s’asseyant sur un banc repris des plus anciens épisodes de la saga. Normal ! Chronologiquement, Valhalla se déroule plus de trois siècles avant les aventures d’Altaïr ! Rassurez-vous, Eivor nage comme un poisson dans l’eau, même s’il n’affectionne pas forcément les séances prolongées de brasse dans les eaux glacées de Norvège. S’il a su recycler des mécaniques depuis longtemps oubliées en revanche le jeu semble avoir passé à la trappe les batailles navales. Elément de gameplay pourtant récurrent dans la saga Assassin’s Creed depuis le troisième volet.

Que l’on favorise la carte de la furtivité ou celle de la confrontation juissivement bourrine, on retrouve bien le feeling Assassin’s Creed dans le maniement de notre héros/héroïne. Comme ses pairs, le jeu repose toujours sur un mélange d’action à la troisième personne façon Beat Them Up, d’infiltration, d’exploration, de plate-forme/parkour et bien sûr de séquences de réflexion par le biais des glitchs évoqués plus haut ou de puzzles plus visuels. L’ajout des raids (pillage de village) et la nécessité de gérer l’évolution des structures de la ville viennent s’ajouter aux quêtes principales, missions secondaires, traques des membres d’un ordre rival et assassinats de chevaliers Zélotes. Une liste assez conséquente de taches qui ne rendent pas l’expérience toujours hyper digeste car déjà sévèrement plombée par un manque de rythme : Aventure en monde ouvert oblige ! Pourtant un jeu comme Ghost of Tsushima (sorti exclusivement sur PS4) m’avait donné la sensation d’offrir une épopée moins riche, répétitive mais menée assez intelligemment. Enfin, petit agacement de ma part concernant cette “trilogie”, pour l’avoir pratiqué intégralement sur Xbox One, on ne peut qu’être frustré par l’absence de conséquence des décisions prises même dans le volet précédent. Lors du résumé de l’histoire du bâton Trismégiste, le jeu se borne à reprendre la trame officielle, éjectant Alexios et préférant Kassandra en tant que porteur du sceptre hérité de son énigmatique paternel. Une façon sans doute d’imposer la vision des créateurs aux joueurs. Nous sommes en 2020, Mass Effect l’avait bien fait dès 2010, et pour une saga d’une telle envergure on aurait apprécié d’avoir aussi notre fidélité/assiduité récompensée et pas seulement à travers des points/succès Ubisoft Connect. Dommage !

Pour achever ce tour du propriétaire abordons la partie technique. Notez que le jeu a été testé sur Xbox One X par le biais d’un jeu précommandé dans le commerce. Essayé auparavant durant trois heures sur PlayStation 4 via une version transmise par l’éditeur, le jeu affiche des textures évidemment moins fines sur les personnages –principaux ou secondaires – et souffre d’un léger aliasing. Aucun effet d’escalier disgracieux à signaler sur Xbox One X, le chara-design est impeccable quant à leurs textures elles sont d’une plus grande finesse. En revanche sur l’ancienne reine de beauté de chez Microsoft la fluidité de l’animation prend fréquemment du plomb dans l’aile lors des affrontements les plus chargés en ennemis et du tearing – déchirure de l’écran – vient parfois jouer les trouble-fête. En sus de nous infliger des temps de chargements longuets, des freezes/plantages à répétition et bugs de scripts, notez aussi que les confrontations  –et que ce soit sur PS4 ou XboxOne – manquent cruellement de lisibilité et virent fréquemment au pugilat. Carburant à l’un des moteurs graphiques fait maison de chez Ubisoft, le AnvilNext, le titre offre une excellente distance d’affichage lorsque l’on explore les cités ou que l’on crapahute à bride abattue à travers les spendides environnements verdoyants de la cambrousse anglaise. Les éléments graphiques situés à proximité sont détaillés quant aux effets de lumières ou climatiques ils sont le plus souvent éblouissants. Toutefois, les nombreux écueils techniques de cette cuvée 2020 d’Assassin’s Creed –  sans être rédhibitoires – ne font pas honneur à un jeu de “fin” de génération qui a vu passer Ghost of Tsushima, Horizon Zero Dawn et naturellement… Assassin’s Creed Odyssey. Ce dernier m’avait agréablement surpris sur la durée par la beauté et la diversité de ses paysages méditerranéens et ses splendides reconstitutions de cité grecques. En ce qui concerne le son et les musiques, comme tout bon jeu de chez Ubisoft les menus, textes et voix sont intégralement en français. Les doublages sont de bonnes factures même si je trouve l’histoire et les personnages globalement moins attachants que ceux d’Odyssey. Enfin en ce qui concerne les musiques, exit les rythmes endiablés du bouzouki de The Flight. Le danois Jesper Kyd compositeur des ziks des premiers volets de la saga, livre ici une bande-son aux sonorités naturellement plus nordiques… entre autres. 

Un contenu titanesque, une aventure sur plusieurs contrées du globe et ailleurs, Valhalla aurait pu tutoyer le paradis s’il avait proposé une épopée mieux rythmée et pas flanquée d’autant de défauts techniques. La promesse d’un bon Assassin’s Creed ? Oui mais pas tout de suite.

Good

  • Graphiquement, c’est joli, détaillé et à perte de vue !
  • Enormément de contenu, de quêtes annexes, de cibles à éliminer...
  • De l’humour, de l’action, une VF intégrale de bonne facture

Bad

  • De trop nombreuses anicroches techniques vite des patchs !
  • Une aventure pas forcément bien rythmée
  • Un scénario monolithique
8

Super

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.

Lost Password

Sign Up