Death Stranding – Complètement timbré

PS4 PS4 Pro Tests

Depuis le départ de Hideo Kojima de Konami nous attendions Death Stranding de pied ferme. Comme le bonhomme s’était adjugé les services d’un casting cinq étoiles, bigrement alléchant, on espérait vivre une aventure hors du commun… de ce côté-là, la première production de chez Kojima Production a tenu ses engagements.

Difficile de prendre ses distances avec une licence lorsqu’on a planché dessus pendant plus d’une trentaine d’années. Le nom de Kojima est irrémédiablement indissociable de Metal Gear et des épopées de Snake en particulier.  Pourtant, depuis le départ de son créateur, Konami a tenté de reprendre le contrôle de la franchise en livrant un Metal Gear Survive des plus insipides. Voyez plutôt ! Sorti l’an passé, ce spin-off est bien vite tombé dans l’oubli. Depuis la mise en chantier de Death Stranding on caressait un peu l’espoir de retrouver le fils spirituel de la saga Metal Gear revenir sur le devant de la scène. Loin d’être une repompe de son ancienne œuvre, Kojima a réussi un tour de force celui de créer plus qu’une histoire originale, un univers assez unique qui ne risque pourtant pas de faire l’unanimité chez les fans de MGS aux abois.

Oubliées les histoires d’espionnage au temps de la Guerre Froide, les tanks mobiles et les cyber ninjas. Death Stranding catapulte le joueur dans une sorte de reconstitution (à petite échelle) Post Apocalyptique des États-Unis… ou plus exactement des Cités Unies d’Amérique. Suite à l’apparition d’un fléau, la population mondiale se résume à quelques poches de survivants qui vivent terrés dans des bunkers pour échapper aux apparitions de créatures spectrales. Le but du joueur est simple. Rétablir le contact entre les différents survivants en les intégrants dans un réseau afin de ramener un semblant de civilisation dans ses terres désolées. Plutôt que d’incarner un super soldat débordant de testostérone et armé jusqu’aux dents, le titre invite à suivre les péripéties d’un modeste livreur qui tente d’apporter les bienfaits de la société de consommation aux peuplades isolées. Un peu comme un livreur Amazon sur le plateau du Larzac.  Mais à la différence de son homologue franchouillard, Sam Porter Bridges doit survivre à une multitude de dangers sur ces terres franchement hostiles… tout en portant le poids du monde sur ses frêles épaules.

À l’instar d’un MGS V Phantom Pain, ce jeu propose d’arpenter des zones ouvertes où sont disséminés quelques objectifs. Toutefois pas question de rusher d’une zone vers une autre dans l‘espoir de faire avancer l’histoire. Entre deux livraisons, il faut se rendre aux centres de Bridges pour se reposer et récupérer des paquets (ou plutôt des caisses) à livrer, ce qui dans le fond ressemble à des quêtes ou missions. Difficile de se charger comme une mule pour accomplir un maximum d’objectifs. Le poids des caisses impacte la vitesse de déplacement de notre avatar, cela affecte aussi son équilibre et plombe en sus son endurance. Pour faciliter sa progression à travers les environnements escarpés, il faut en sus s’équiper d’échelles et de cordes afin de réaliser la traversée de ravins ou cours d’eau sans encombre et descendre des parois assez raides. Revers de la médaille, le poids de ces équipements vient se cumuler à celui des colis ce qui oblige à bien anticiper chaque tournée/sortie.  Et puis, il ne faut pas hésiter à se laisser un peu de marge, afin de prendre en charge d’éventuel colis perdus, qui lorsqu’ils sont restitués à leurs propriétaires légitimes viennent renforcer votre réputation de livreur de choc. Et puis accomplir certaines missions annexes, semble aussi octroyer quelques mignardises difficilement refusables, comme l’exosquelette refilé par un ingénieur solitaire (enfin de mémoire) qui vient assister les gambettes de Sam. Ce qui lui permet du coup de transporter davantage de charges tout en se déplaçant beaucoup plus vite. De plus, les différents clients que l’on en amené à rencontrer durant cette épopée peuvent nous faire profiter de bien d’autres trouvailles rudement pratiques comme un fusil à bolas ou un abri pour se protéger des pluies. Non pas que le personnage risque de chopper un coup de froid, les précipitations ont des effets bien plus néfastes.

Contrairement à Fred Astaire ou Sacha Distel qui aimaient chanter sous la pluie, celle de Death Stranding est une vraie plaie. En plus de pouvoir endommager les cargaisons ou corroder les véhicules que l’on est amené à employer pour rallier des zones lointaines, les précipitations sont annonciatrices de l’arrivée des spectres. Ainsi, en plus de devoir composer avec les Mules, des sortes de livreurs renégats qui attaquent à vue et s’approprient nos colis lorsque l’on à l’impudence de s’aventurer sur leurs territoires, il faut aussi survivre aux assauts des revenants. Ces créatures spectrales apparaissent par temps de pluie et lorsqu’elles nous repèrent, elles invoquent des âmes damnées qui émergent du sol afin de nous détrousser de nos marchandises et cherchent à nous emmener dans l’au-delà. Il faut vraiment jouer du coude et fuir le périmètre “vicié” quelques instants avant de récupérer les marchandises perdues et se mettre en quête d’un itinéraire plus sûr pour tromper la vigilance des spectres. Histoire de se débarrasser des gêneurs ectoplasmiques, on peut employer différents types de grenades (remplies d’hémoglobine, d’urine ou de matières fécales notamment) afin de les dissoudre instantanément. Gare ! Même si l’urine est aussi efficace qu’un fusil à protons ces mignardises exorcisantes obligent à s’approcher assez près des revenants dans l’espoir de les toucher. Pour détecter ces êtres, notre avatar utilise un Brise Brouillard ou BB. Un petit poupon enfermé dans une sorte de réservoir ventral qui a la particularité de distinguer les spectres avant qu’ils n’attaquent. Un dispositif un “tantinet” cruel qui ne fonctionne que si le bébé affiche un calme olympien. Ainsi il faut éviter les pertes d’équilibre en dévalant les pentes à grandes enjambées ou en se laissant entraîner par le courant dans une rivière. Le jeu impose de garder le contrôle et de bercer le poupon lorsqu’il pleure afin de lui faire retrouver sa sérénité. Bien plus qu’un simple jeu d’action/aventure, la dernière production de chez Hideo Kojima flirt avec la simulation de survie tant elle oblige à composer avec une kyrielle de facteurs comme l’usure des chaussures, l’endurance, la physique. Ceux qui attendaient un jeu d’action pur et dur risquent d’être déçus. Il suffit de s’attarder un peu sur le système de combat assez simpliste de Death Stranding pour constater qu’on est loin d’un CQC de MGS ou que la dimension infiltration manque un tantinet de profondeur. D’une manière globale, la maniabilité n’est pas très intuitive (au niveau des raccourcis notamment) et elle s’avère en sus exigeante. Le principe du jeu devenant un chouia vite redondant, il va falloir vraiment faire preuve de ténacité pour ne pas laisser Sam Porter Bridges en plan dans cette aventure.

En ce qui concerne la réalisation, à chacun de ses trailers, Death Stranding a régalé nos mirettes par le rendu assez photoréaliste de ses protagonistes et de ses environnements. Bonne nouvelle, il n’y a pas eu tromperie sur la marchandise ! Le jeu ne carbure non pas au Fox Engine, mais avec le moteur Decima des Néerlandais du studio Guerilla. Un développeur connu pour avoir œuvré sur la franchise Killzone mais aussi pour son Horizon Zero Dawn, la petite bombe de 2017 sortie sur PS4. Honnêtement, le jeu en met vraiment plein les yeux par ses panoramas époustouflants, ses environnements naturels dépouillés mais réalistes d’où émergent parfois des refuges salutaires qui ont la forme de gigantesques structures irréelles. Durant les quelques douzaines d’heures passées sur cette aventure en solitaire, le jeu n’a accusé que de très rares coups de mou. Notez que le titre a été testé à partir d’une version commerciale achetée en boutique (par un amateur de MGS). Bonne nouvelle, en dehors d’un chargement assez long au lancement, inutile de passer “Pro”, Death Stranding a été bien optimisé pour la PlayStation4 de base. Si les modélisations et mimiques de la plupart des principaux protagonistes ou personnages récurrents ne souffrent d’aucun défaut, on peut regretter l’aspect trop lisse/trop parfait du personnage de Fragile (Léa Seydoux) qui semble tout droit sortie d’un institut de beauté. Voilà qui contraste avec la gueule plus abimée de l’excellent Norman Reedus qui incarne ici un Sam Porter Bridges assez convaincant. Toujours au niveau de la réalisation, pas de regret du côté des voix ou des textes qui sont intégralement en français (ô joie), la bande-son épaule assez brillamment cette épopée en accompagnant l’approche d’un objectif par le lancement d’une musique. Une mise en scène cinématographique qui offre –parfois – du plaisir pour les yeux comme pour les oreilles. Une goutte d’eau de bonheur dans un océan de frustration ?

Passage lassant mais obligé des MMORPG, les missions de livraison deviennent un jeu à part entière lorsqu’elles sont revisitées par Hideo Kojima. Original, unique en son genre, Death Standing n’est pas le genre de jeu à mettre entre les mains des amateurs d’action pétaradante. Un jeu de survie inclassable, pas dépourvu de qualités mais flanqué de nombreux défauts/exigences.

Good

  • Un univers assez unique, un scénario “profond”
  • Une réalisation somptueuse
  • Des voix et textes en VF, un casting de qualité
  • Tourne bien sur la PS4 de base

Bad

  • - Un principe répétitif heureusement que l’on s’aventure dans des zones variées
  • - La maniabilité à la physique exigeante, l’infiltration et les combats simplistes
7.5

Bon

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.
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