Final Fantasy XV – Entre déceptions et profondes émotions

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De Final Fantasy Versus XIII à Final Fantasy XV il ne reste, dix longues années plus tard, que le chara design de Tetsuya Nomura et du peu que l'on en a vu à l'époque, une certaine ambiance, tout juste palpable, difficile à décrire et dont quelques bribes subsistent. Une certaine mélancolie empreinte de noirceur en fait.

Car oui Final Fantasy XV est sombre contrairement à la vision que Square Enix et le directeur du projet Hajime Tabata ont bien voulu nous le faire croire. D’un côté c’est tant mieux pour la « surprise » me direz-vous. Mais si ce n’était que ça… ce serait une bonne « surprise » en soi. Mais à s’être trop exposé sans doute, Final Fantasy XV a généré énormément d’attentes et promis tout autant de choses. Peut-être même au-delà de ce que chaque joueur et joueuse aurait voulu voir et avoir dans ce Final Fantasy « Next Gen » qui aurait appris des erreurs passées. Chronique d’un soft accouché dans la douleur et qui divise.

Le fond du problème pour Final Fantasy XV se résume en deux mots, en forme de promesse mais surtout de défi pour l’un des géants aux pieds d’argile du jeu vidéo nippon : monde ouvert ou open world pour les anglophiles. On y a goûté pour beaucoup dans la démo Episode Duscae vendue au prix fort avec Final Fantasy Type-0. Véritable laboratoire de tests, avec ses différentes mises à jour suite aux retours des joueurs notamment sur le système de combat, ce qu’on pensait être une bribe d’un monde gigantesque est au final et sans trop spoiler, une bonne partie du royaume du Lucis et du monde de Final Fantasy XV. Je m’explique !

Mis à part quelques paysages un poil différents, Final Fantasy XV en monde ouvert se résume à des plaines et quelques routes sur lesquelles se trouvent en enfilade… des stations services et des motels miteux accompagnés de leurs petits commerces et restos issus d’une chaîne spécialisée malbouffe dans un style US années 60. En fait, mis à part Lestalum et son style cubain, on ne peut absolument pas parler de villes. Quelle déception après tant avoir insisté sur le monde ouvert et cette fameuse Regalia. Vous savez, la voiture Royale léguée par le Roi Regis à son fils Noctis, jeune prince je-m’en-foutiste qui parvient à être plus horripilant encore dans son attitude débonnaire que ne l’était Cloud dans Final Fantasy 7 avant sa prise de conscience.

Ce même prince plus qu’insouciant qui va devoir faire face à ses responsabilités. Celui-là même qui n’est même pas capable de voir et comprendre les sacrifices endurés par ses proches, trop occupé qu’il est par des futilités, même après avoir appris la mort de son propre père… Et ce fameux monde ouvert n’est accessible qu’un temps. L’insouciante virée entre potes vêtus de cuir façon groupe émo-rock-metal japonais (le fameux style Nomura) tournera court très rapidement et ne représente en fait que la moitié du titre. Il est impossible de ne pas évoquer ce point malheureusement. Aveux de faiblesse de la part de Square Enix qui est retombé dans ses travers déjà critiqués dans Final Fantasy X et décuplés dans Final Fantasy XIII (on passera sur le faux MMO FF XII) : le monde en forme de couloir et une linéarité déconcertante. Tout ça pour tenir le joueur dans le scenario de peur qu’il décroche trop de la trame ô combien dramatique et sombre ? Peut-être. Copie rendue par un élève doué mais qui prend son temps et bâcle une bonne partie du travail rendu faute de temps ? Certainement. À noter qu’il est néanmoins possible de revenir sur le territoire du Lucis en monde ouvert en dormant. Noctis se projette alors dans le passé et vous donne l’occasion de faire du level up en accomplissant les quêtes annexes et contrats de chasse. En dépit de cette possibilité, on n’a, en général, pas forcément envie de revenir dans de telles conditions semblables à de grosses rustines posées ça et là pour contenter tout le monde.

Après autant d’années et de changements, notamment de directeur du projet en la personne de Hajime Tabata, de développement chaotique, Square Enix a certainement vu trop grand. Forcé de faire appel à des studios extérieurs pour renforcer ses effectifs, l’éditeur et développeur a mis toutes ses tripes dans cette énième fantaisie finale. Le résultat n’est néanmoins pas à la hauteur, encore moins avec autant de temps à disposition pour un jeu qui, au final, transpire l’inachevé avec sa seconde partie qui jette à la figure du joueur la quasi-totalité du scénario et ses différents rebondissements et sa conclusion. Un moment fort en émotions certes, mais sans fun, avec un manque cruel de phases de gameplay. Un moment tantôt contemplatif, tantôt rébarbatif. Jusqu’à un final époustouflant et profondément touchant mais vidéoludiquement vide de substance. On mange du QTE à gogo après des combats extrêmement longs qui se terminent finalement par un simple appui sur un bouton.

Bien entendu, Final Fantasy XV n’est pas à proprement parler une « daube » et bénéficie de points forts. Sa réalisation tout d’abord est admirable même si le frame rate est inconstant. La faute à un Luminous Engine (le moteur graphique maison de Square Enix) trop gourmand mais au rendu sublime. On attend avec impatience la sortie du patch PlayStation 4 Pro pour voir si le frame rate tiendra un 30 fps constant. Deux options sont tout de même proposées dans la version d’origine. Un choix entre la finesse des textures et un frame rate cahoteux pour l’un et des textures plus grossières mais un frame rate plus stable mais toujours sur le fil du rasoir pour l’autre.

En marge de ce problème que l’on connaissait derechef après les différentes apparitions du titre, l’ensemble est extrêmement beau, magnifique la plupart du temps. Les modèles de Noctis et ses compagnons autant que l’ensemble des protagonistes et du bestiaire est modélisé avec un soin hallucinant et animé avec une précision époustouflante. C’est sans compter une pluie d’effets spéciaux lors des combats temps réel ultra-dynamiques qui sont un véritable régal. Il faudra juste arriver à supporter la gestion de la caméra assez chaotique durant ces phases épiques. Les téléportations de Noctis n’arrangent pas les choses et notre Roi en devenir sort souvent du cadre. Dommage, mais des efforts ont néanmoins été consentis depuis les itérations de la démo Episode Duscae.

Parlons enfin bande son. La compositrice Yoko Shimomura s’est appropriée le jeu et son univers à un point tel qu’on en reste surpris à chaque fois. En combat, exit les seuls thèmes de combat classique et de boss. Les compositions changent. Tout est d’une cohérence quasi maniaque. Un véritable régal pour les oreilles ! À tel point qu’elle parvient à surpasser le travail des mastodontes que sont Nobuo Uematsu et Motoi Sakuraba pourtant passés maîtres dans leur art. Les effets sonores renforcent quant à eux l’impact et la violence des combats avec brio et les effets d’ambiance en exploration sont calibrés de manière crédible. Mention spéciale enfin au doublage VF, juste excellent avec des personnages interprétés à la perfection. Les doubleurs sont investis dans leur personnage et ça se sent.

Au final, plus qu’un jeu, Final Fantasy XV est une expérience. Bourré de promesses non tenues et surtout oubliant pour sa seconde partie le tant promis et espéré monde ouvert, il n’est malheureusement pas ce que l’on peut appeler un incontournable. Son monde ouvert n’est que poudre aux yeux tout autant que les quêtes annexes qu’il propose. Le titre manque carrément de contenu, de vie et de substance dans sa première partie. Sans doute que nous, les fans, en attendions bien trop. Ensuite, en entrant sur le terrain du dirigisme exacerbé, de la linéarité de la progression en couloir tout comme dans la première partie de Final Fantasy XIII, Final Fantasy XV donne l’impression d’une œuvre inachevée, terminée à la va-vite. Ce qui est certainement le cas, malgré un minuscule délai supplémentaire et 10 ans de développement. Sans nul doute trop de temps passé sur le Luminous Engine, mais pour quel résultat ! L’ensemble est cohérent, sublime techniquement et artistiquement, avec un rendu à couper le souffle en dépit d’un frame rate approximatif. On prend plaisir à suivre le scénario faute de réellement trouver du plaisir à jouer hormis durant les combats exaltants. En fait, Final Fantasy XV n’est pas à proprement parlé un bon jeu mais il pourrait faire figure de long-métrage en une ou deux parties d’une qualité exceptionnelle. Kingsglaive Final Fantasy XV, le prologue en images de synthèse a donné le ton, Final Fantasy XV en est la juste continuité cinématographique et émotionnelle. Une expérience à vivre, un FF qui divise et divisera encore longtemps. Très bientôt même, avec son Season Pass, ses DLC et sa mise à jour appliquée sous peu au scénario lui-même !

7.4

Bon

Gamer depuis presque 30 ans, sa passion pour le jeu vidéo demeure pourtant intacte. Touche à tout et ouvert, il a néanmoins toujours un faible pour l’univers de Nintendo, entre nostalgie des glorieuses années passées et marasme des dernières générations ! Jonglant entre Warhammer 40,000 Dawn of War III sur PC et NieR Automata sur PS4, il attend avec impatience l’arrivée de Tekken 7, Wipeout Omega et Micro Machines World Series sur PlayStation 4… En attendant les parties avec Michel sur Destiny 2 !

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