Oddworld Munch’s Oddysee – Je ne suis qu’un cri

Switch Tests

C’est un jeu de plateforme ? C’est un jeu d’action ? C’est un jeu de réflexion ou de stratégie ? Pour sûr c’est un OVNI monumental qui déboule aujourd’hui sur Switch ! L’occasion de se livrer à un très rapide tour du propriétaire : accrochez vos ceintures !

La folie rétro des années 16 bits semble s’être enfin apaisée. L’heure est venue de s’attaquer à la décennie suivante en (re)découvant sur Switch un jeu paru au début des années 2000. Toutefois, il a déjà fait l’objet de portages sur d’autres plateformes de salon, nomades ou mobiles ! Si les deux premières aventures de Abe ont fait les beaux jours de la PlayStation, Munch’s Oddysee avait quant à lui esquivé la case PS2 pour atterrir à l’origine sur la vénérable Xbox. Faisant parti de la première vague de jeux présents au lancement de l’imposant parpaing de chez Microsoft, le troisième opus de la franchise Oddworld est sorti il y a dix-neuf ans ! Tout de même ! Cette fois, l’extra-terrestre à la bouche (dé)cousue – dont on suit toujours les vicissitudes – partage l’affiche avec un petit batracien répondant au doux nom de Munch. Les deux font la paire ?

Passé un tour de chauffe où l’on guide individuellement chacun des héros à l’occasion de niveaux répétitifs de mise en jambe, le jeu prend toute sa dimension lorsqu’on se retrouve à contrôler alternativement notre duo de pauvres diables. Exit l’odyssée en solitaire, place à l’aventure en tandem. Oubliée la perspective en 2D, Munch’s Oddysee a troqué la vue de profil comme les gros pixels des précédents épisodes d’Oddworld, pour une vue à la troisième personne et une 3D intégrale. Durant un peu moins d’une demi-douzaine d’heures on se retrouve catapulté dans un jeu de plateforme/exploration mâtiné de réflexion qui alterne les vastes décors ouverts et les environnements clos. Disons qu’il s’agit pour notre duo dynamique de traverser des niveaux en libérant les masses opprimées afin de les guider vers la liberté, en résolvant des “énigmes”, le tout sans arme, ni haine, ni violence. Enfin façon de parler. Munch emploie parfois des grues pour balancer des containers d’explosifs ou des bestioles enragées sur les patrouilles ennemies et il lui arrive de prendre les commandes d’un robot à l’armement surpuissant. S’il ne maîtrise pas ce genre de mécanismes, Abe peut contrôler les esprits de ses adversaires et porter ou soulever ses alliés avec ses petits bras musclés afin de les projeter au-dessus des obstacles. Nos compères se distinguent aussi par leur agilité ou leur capacité à évoluer sur la terre ferme ou à batifoler sur les flots. Et puis, si Abe coopère avec ses semblables (les Mudokons), Munch doit s’associer quant à lui avec des créatures choupinesques… mais tout aussi belliqueuses. Pour dispatcher les ordres aux alliés, le jeu utilise un système de combinaison de touches. On peut ainsi ordonner aux Mudokons comme aux autres bestioles de nous suivre, de s’arrêter voire selon le contexte de pousser la chansonnette ou d’activer des mécanismes… du moins quand on y parvient. À cause d’une précision des collisions et une maniabilité qui laissent un peu à désirer, donner des ordres ou soulever un larbin voire se livrer à des phases de plateforme met la patience à rude épreuve. Plus frustrant encore, les alliés contrôlés par l’IA ne réagissent parfois pas aux attaques et se laissent décimer ! On aurait aimé un peu plus de réactivité ou davantage de prise d’initiatives de leur part. Attention, si vous cherchez un jeu d’action bête et méchant, passez votre chemin. Munch’s Oddysee est un titre cérébral mais pas dépourvu d’humour pour autant !

Pour achever ce tour du propriétaire, abordons la réalisation. Vos oreilles vont sans doute remarquer que le titre est flanqué d’une bande son assez minimaliste, parfois irritante, tant elle flirt avec les sonorités expérimentales. Quant aux effets sonores ils font aussi crisser les tympans, car on se retrouve fréquemment avec de très courts samples redondants lorsqu’on fait pousser des spores verdâtres ou que des scripts de l’IA tournent en boucle. Côté graphismes, sympathique vitrine technologique à l’époque de la Xbox (mais moins que Halo), ce jeu de dix-neuf ans d’âge a pris un sacré coup de vieux ! Certes le titre profite des bienfaits des précédents portages HD, il affiche des textures affinées (notamment sur les épidermes des héros), il recourt massivement à l’antialising pour gommer les effets d’escalier disgracieux. Et s’il adopte un format en écran large, où les persos paraissent rikiki lorsqu’ils prennent de la vitesse, les vidéos ont conservé le format 4/3 d’origine. En comparaison des titres plus contemporains, les décors de l’Oddysee de Munch sont franchement vides avec une rare végétation en trompe l’oeil. Les effets graphiques sont moins chatoyants qu’autrefois, puisque les lens flare comme les shaders des étendues aquatiques nous ramènent à l’époque des GeForce2. Quant à la poussière soulevée par Abe et ses compagnons quand ils trottinent, elle affiche une opacité d’un autre temps qui plombe la fluidité de l’animation sur notre pauvre Switch.  De façon générale, ce troisième opus de Oddworld agace par le manque de souplesse de son gameplay, ses collisions approximatives et sa réalisation un brin trop datée… que le temps est cruel avec les jeux en 3D !

À moins d’être un inconditionnel de la franchise Oddworld, difficile de conseiller mordicus ce Munch’s Oddysee aux nouveaux venus. On leur suggère plutôt de s’essayer auparavant aux deux premières aventures d’Abe. Signe que la plateforme 2D n’est pas morte, le prochain volet de l’infortuné Mudokon devrait revenir aux sources de la saga. Comme quoi le tout 3D vieillit décidément mal.

Good

  • Un titre original
  • Deux héros pour le prix d’un
  • Un tarif assez raisonnable

Bad

  • Une durée de vie pas bien longuette
  • Une réalisation globalement assez datée
  • L’IA alliée aux fraises, les sons qui irritent
6.7

Correct

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.

Lost Password

Sign Up