Shenmue III – Shenhua’s sacrifice ou Festin ShenHua

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Affirmer que Le troisième volet des aventures de Ryo Hazuki était attendu est un si doux euphémisme ! L’enfant prodigue de Yu Suzuki est enfin là ! Ces quasiment deux décennies d’attente à guetter la moindre info émanant du créateur ou de chez SEGA en valaient vraiment la peine ?

Les suites aiment parfois se faire attendre. Duke Nukem Forever avait été raillé pour avoir fait poireauter les joueurs durant quatorze longues années. Half Life 3 semble avoir définitivement disparu de la roadmap de Valve remplacé par un spin off destiné à être pratiqué en VR. Quant à Shenmue, la perspective de voir débarquer un troisième volet paraissait, il y a dix ans, être un doux rêve. D’ailleurs je dédie ce test à Frank S., ancien RP de chez SEGA France à qui j’avais demandé lors de notre première rencontre en 2005 « si le troisième volet de Shenmue était encore d’actualité ». Honnêtement, comme lui, personne chez SEGA ne croyait en l’éventualité de voir ressurgir cette licence du néant. Pourtant elle l’a fait à l’occasion de projets de Spin Off mobiles ou de MMO qui sont restés cantonnés à l’Asie. Heureusement quelques dizaines de milliers d’anciens rêveurs n’ont pas hésité à mettre la main à la poche afin de financer la campagne KickStarter de Shenmue III. Cette dernière avait été lancée en 2015 à l’initiative de Yu Suzuki – créateur de la saga – et Cédric Biscay producteur chez Shibuya Productions (une boîte monégasque).  Notez que l’éditeur teuton DeepSilver (Koch Média) s’est joint aux réjouissances et a ressorti dernièrement en collaboration avec SEGA les deux premiers volets remastérisés en HD sur PS4 et Xbox One. Pour la plus grande frustration des possesseurs de Xbox, car après une séance de rattrapage, ils doivent faire une croix sur une adaptation de ce troisième volet sur leurs machines : rageant ! Au terme de quatre années d’attente, de sorties maintes fois repoussées voilà enfin la suite des aventures de Ryo ! Alors le Hazuki style n’a rien perdu de sa flamboyance d’antan ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, en faisant passer Shenmue III sur le grill, il est bon de revenir auparavant sur le parcours de Yu Suzuki qui a commencé à œuvrer chez SEGA dès le début des années 80. Rappelons qu’il a planché sur quelques-uns des jeux d’arcade les plus mythiques de la firme de Haneda avec (en vrac) AfterBurner, OutRun, Super Hang On, Virtua Racing et Virtua Fighter. Pas étonnant qu’avec un tel parcours couronné de succès, SEGA avait donné carte blanche à Yu Suzuki pour développer Project Berkley pour la Saturn d’abord, puis pour la Dreamcast. D’ailleurs pendant un temps, Shenmue devait s’imposer comme un spin off de Virtua Fighter, finalement il a bénéficié de personnages et d’histoires originales. La saga initiée en 1999 suivait la quête vengeresse de Ryo Hazuki, un lycéen dont le père avait été tué par un mystérieux et charismatique combattant chinois. Cette épopée en deux volets avait guidé notre fringuant jeune nippon de sa petite bourgade natale à Hong Kong jusqu’à l’Empire du Milieu. Sans surprise ce troisième volet s’impose comme la suite directe de ses précédents exploits on y retrouve Ryo (naturellement), mais aussi la jeune et attachante ShenHua. L’aventure bucolique peut enfin (re)commencer !

Contrairement à ses prédécesseurs qui débutaient tambour battant, ce Shenmue III est flanqué d’un rythme un peu plus léthargique… pour rester poli. Avec une durée de vie qui flirt avec la vingtaine d’heures, il prend son temps le bougre en imposant de s’immerger d’abord dans le quotidien un peu morne d’un campagnard chinois adepte du Kung Fu. J’exagère à peine. En plus de couper du bois pour le compte d’un commerçant afin de gagner des espèces sonnantes ou de faire fructifier son argent aux tripots “clandestins”, Ryo doit aussi améliorer la puissance de frappe de ses techniques de combat et son endurance sur des mannequins dans un temple Shaolin ou avec des sparring partners. Disons-le franchement, les premières heures sur Shenmue III sont assez harassantes, presque décourageantes. Le premier monde ouvert dans lequel on crapahute ne jouit pas d’un terrain de jeu immensément vaste, les issues sont balisées – mais se débloquent à mesure que l’on avance dans le scénario – et on a parfois l’impression de voir l’histoire pédaler dans la semoule. Difficile de ne pas éprouver un certain agacement quand en plus on se coltine un boulot ou un entraînement qui consiste à marteler un simple bouton d’action. On en vient à regretter les heures passées au volant d’un fenwick pour approvisionner des entrepôts du port ou les enseignements des techniques de combats par les ivrognes du coin. Le plus gros problème de Shenmue III est que depuis la sortie du premier volet de la saga, d’autres jeux en monde ouverts se sont engouffrés dans ce genre et que par conséquent la plupart de ses mécaniques paraissent surannées en comparaison des derniers opus de Yakuza. En l’état, il s’impose même comme une – trop – digne suite de Shenmue 2… pour le meilleur et aussi pour le pire. Comprenez par là qu’à l’instar des habitants de Yokosuka les villageois de Guilin sont soumis au cycle du jour et de la nuit. Ainsi ils vaquent à leurs occupations durant la journée et retournent tranquillement chez eux à la tombée de la nuit. Quant à Ryo, il n’a pas d’autre choix que de retourner chez ShenHua pour piquer un roupillon après des journées un peu mornes durant lesquelles il s‘est entraîné, a gagné quelques dizaines de Yuan au boulot et a tatané les tronches des mauvais garçons qui se sont mis en travers de sa route. En parallèle de ces activités bigrement répétitives, il faut bien sûr mener l’enquête pour faire avancer l’histoire ou claquer bêtement ses deniers aux gashapons ou dans les salles de jeu. Du pur Shenmue comme on l’a jadis aimé qui mélange toujours l’action à l’exploration. Une recette éprouvée mais qui a perdu un peu de sa saveur d’antan.

Les phases de baston de Shenmue et de sa suite n’avaient rien à envier aux combats de Virtua Fighter. Etrangement les duels de ce troisième volet sont dotés d’un feeling moins arcade et l’exécution de certaines bottes secrètes obligent à effectuer un enchaînement d’appuis rapides sur les touches d’action. Dextérité digne de l’éclair de rigueur. Désormais le joueur peut se déplacer librement dans l’aire de combat, afin de tourner autour de l’adversaire contrôlé par l’IA qui n’éprouve  aucune difficulté à parer les coups… même lorsqu’il abaisse la garde pour attaquer : frustrant ! Autre aspect irritant du jeu. On se souvient encore de notre fringuant karatéka qui courait à perdre haleine dans les rues de Yokosuka et d ’Aberdeen. Désormais pas question de courir comme un dératé ! Il faut modérer la célérité de ses déplacements puisque cela consomme de l’endurance puisée directement dans la jauge d’énergie de notre héros. Conséquence, en cas de mauvaise rencontre (comprenez de combat), Ryo est pénalisé par une jauge de vie plus basse. N’allez pas croire qu’il suffit de manger un morceau pour regagner des forces. Contrairement aux exploits de Kazuma Kiryu et de sa bande, il est impossible de s’envoyer un bento (ou équivalent chinois) régénérateur en cours d’affrontement… ce qui s’avère excessivement agaçant lorsque l’on perd un combat à un misérable cheveu. Dépoussiérer les mécaniques d’un jeu c’est bien, le faire un peu au karcher semble limiter cette expérience aux seuls fans les plus hardcore.

Côté réalisation, Shenmue III ne semble pas avoir infligé une séance de torture à la bonne vieille PS4 qui a servi au test. La dernière création de Yu Suzuki a beau carburer à l’Unreal Engine 4, le jeu tourne de manière fluide et ce malgré l’utilisation intensive d’un antialiasing, qui vient gommer élégamment les éventuels effets d’escalier disgracieux. Les environnements ouverts, bien qu’assez détaillés et colorés n’en mettent pas plein les yeux. Nos rétines ont été habituées à voir plus beau, plus spectaculaire sur cette génération de machines. Cependant le rendu s’avère infiniment plus complexe et chiadé que sur les premières captures d’écran du jeu dévoilées au lancement de la campagne Kickstarter. Un bon point. Le chara design est de qualité assez variable. Si certains personnages bénéficient de modélisations hypersoignées, d’autres en revanche semblent avoir été importés directement de Shenmue… premier du nom. J’exagère, mais à peine. Dans l’ensemble le jeu peut être qualifié de joli, sans infliger pour autant une méchante baffe comme Shenmue en son temps. Bien que l’on crapahute dans un environnement ouvert, notez que le jeu est malheureusement flanqué de limites invisibles. Impossible de se lancer dans un cours d’eau – comme Sam Porter Bridges de DeathStranding – ou de couper à travers un minuscule champs de Tournesols. Voilà sans doute un moyen d’octroyer de précieuses heures (ou plutôt des minutes) de jeu supplémentaires à la durée de vie de Shenmue III. Enfin achevons le tour du propriétaire en précisant que le titre bénéficie de textes et sous-titres en VF, même si certaines traductions manquent – parfois – un tantinet de patate. Oubliées les voix en japonais, le titre impose des doublages en anglais qui feront sans doute se hérisser les poils des plus nippophiles. Un léger regret de plus. Côté musiques par contre pas de fausses notes. Le titre est doté une nouvelle fois d’une splendide bande son qui permet de s’immerger véritablement dans cette Chine de la fin des années 80 ! Petit bonus sympa qui vient égayer les coupes de bois, un des thèmes d’Afterburner se lance dès que l’on parvient à débiter plusieurs bûches à la suite. C’est un détail pour vous, mais pour un vieux Segamanique ça veut dire beaucoup !

Voir débarquer Shenmue III c’est l’accomplissent d’un rêve, celui de voir une œuvre inachevée se conclure… enfin ?  Hélas ce n’est pas une conclusion à la hauteur du mythe qui nous est offert. Remercions Yu Suzuki de s’être remis au boulot pour nous offrir un sympathique jeu d’action/aventure (sans plus). Mais souhaitons, qu’en cas de quatrième volet, Suzuki san puisse disposer de suffisamment de temps et de fonds pour boucler définitivement la saga ; et pourquoi pas, livrer le troisième volet remanié tel qu’il l’avait toujours imaginé et avec l’appui de SEGA en prime. C’est beau de rêver !

Good

  • Enfin le troisième volet de Shenmue
  • C’est parfois assez joli… d’un certain point de vue
  • Des textes en français mais pas de voix en japonais ?!?!
  • Tourne bien sur la PS4 de base

Bad

  • Un gros gros manque de rythme, on s’ennuie parfois ferme
  • Du monde ouvert pas bien vaste
6.7

Correct

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.

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