Surgeon Simulator 2 – Le tord-boyaux

PC Tests

Mon fils, plus tard tu seras médecin ou chirurgien. Les paroles prononcées par ma mère alors que je n'avais que 7 ans résonnent encore dans ma tête. Jusqu'ici j'avais choisi une tout autre voie… est-ce enfin la concrétisation d’une vocation inassouvie ?

Avant de le découvrir, notez que nous avions reçu de la part de l’éditeur/développeur de Surgeon Simulator 2 un code pour accéder à la bêta qui s’était déroulée le temps d’un week-end au début du mois d’août. Avouez que cette préconsultation aurait pu donner un avant-goût sympa du jeu à l’occasion d’une preview ! Hélas ! Malgré toutes nos tentatives de réanimation, bidouilles, installations et désinstallations cette version a toujours refusé dépasser le premier écran de chargement. La perspective de me frotter à cette review me laissait craindre une déconfiture. La preuve, à l’instar de la “bêta” (qui devait être sacrément avancée) le titre disponible sur le Epic GameStore n’occupe lui aussi qu’un peu plus de 2Go d’espace disque. Par chance, l’installation de la version finale puis son lancement ne nous a causé aucun problème. Un exemple de secret médical dans toute sa splendeur ! Comme vous l’avez sans doute deviné, ce Surgeon Simulator est la “suite” du jeu sorti en 2013 sur PC, puis sur PS4, smartphones et tablettes (iOS et Android) et plus récemment sur Switch. Par rapport à son prédécesseur, en théorie, il paraîtrait que cette séquelle serait nettement plus accessible, de par une maniabilité simplifiée. Il paraîtrait, j’ai dit. Enfilons la blouse si vous voulez bien pour vérifier tout ça en pratique. Dites : AAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa…

Paris, 29 août, 21H.

Me voilà enfin arrivé dans le saint des saints je pénètre dans un hôpital désespérément désert. Une voix – celle d’une consœur – m’accueille depuis un haut-parleur et me guide à travers les dédales. On se croirait en plein Apocalypse zombie ou peut être l’hosto est-il simplement encore en travaux ? La preuve des planches traînent un peu partout et après m’être frayé un chemin dans un périple digne du parcours du combattant j’arrive enfin au bloc opératoire. Inutile de se désinfecter les mains, d’enfiler le masque ou les gants, un patient m’attend déjà sur la table d’opération. Ce pauvre diable nommé Bob poireaute les tripes à l’air. Quelle est sa pathologie ? Crise d’appendicite ? Opération à cœur ouvert ? Ablation pulmonaire ? Amputation de la jambe ? En effet ! Il s’agit bel et bien d’une amputation de la gambette droite pour être plus précis. Doit-on appliquer un désinfectant et lui injecter un anesthésiant au préalable ? À quoi bon s’encombrer de telle formalités ! La collègue m’explique toujours depuis un haut-parleur les différentes procédures qui consistent, en gros, à :  Arrachez-lui la jambe comme on le ferait à un poulet rôti et mettez-lui-en une nouvelle et si besoin injectez-lui le contenu écarlate d’une seringue rempli d’hémoglobine ! Enfin elle tint à peu près ce langage ! Et inutile d’enfiler les lunettes binoculaires afin de procéder à la bonne jonction des différents muscles, nerfs et autres vaisseaux sanguins. Je commence à avoir des doutes quant au sérieux de cette institution, et pourtant je suis arrivé depuis moins d’une heure ! La perspective d’avoir réussi brillamment ma toute première intervention ou plutôt mon premier tuto me comble de joie ! Hippocrate me voilà !

Paris, 22h15

Pour l’opération suivante on m’a invité à couper le bras droit du patient. Pas question de lui arracher bêtement le membre, puisqu’il s’agit cette fois d’employer un instrument chirurgical : une scie. Un doute me vient soudain. S’agit-il de celle du charpentier ou bien a-t-elle vraiment vocation à charcuter des os et de la chair ? Avant de le découvrir je dois empoigner l’engin et… et… j’éprouve toutes les peines du monde à saisir la scie que je laisse tomber et retomber à terre ! Et plus difficile encore à la positionner correctement sur le membre à sectionner. Frustrant !  En théorie il s’agit de tenir fermement l’engin, de l’appliquer sur la zone à découper et d’effectuer un mouvement de va et vient. En pratique on a bien du mal à simuler un geste si simple par l’intermédiaire du bon vieux mulot qui nécessite d’être manipulé en coopération avec le clavier. La maniabilité serait sans doute plus agréable avec un périphérique de reconnaissance de mouvements mais étonnamment ce FPC (ou charcuteur à la première personne) ne prend même pas en charge la VR malgré une perspective subjective assez trompeuse. Dommage ! Je m’égare revenons à nos moutons ! Pas évident de couper le membre car dans un moment d’égarement même la tête du pauvre patient peut aussi y passer. Une fois le bras sectionné le temps presse car le patient se vide de son sang. On peut employer une seringue jaune pour stopper l’hémorragie et employer une autre de couleur rouge pour lui remplir sa réserve d’hémoglobine.

Paris 30 août 2H

Les deux tutos achevés, j’attaque enfin ma première opération sur les treize qui constituent le monde-histoire. Comme si nous n’avions pas déjà fort à faire à dompter la maniabilité, le titre impose en sus certaines conditions de réussites pour pimenter le challenge. Le plus souvent, il oblige l’apprenti chirurgien à faire en sorte que le patient ne perde pas trop de son précieux liquide sanguin et le tout en un temps limité. Cerise sur le gâteau, les opérations ont un peu des allures d’escape game. Certains mécanismes ne fonctionnent que si l’on pose le membre/organe malade dans un réceptacle, les instruments chirurgicaux peuvent être rangés dans d’autres pièces et les sas ne s’ouvrent que si l’on active auparavant un interrupteur en faisant tomber un objet dessus par une ouverture. Sympathique dites-vous ? Un tantinet prise de tête en solo ! Le titre doit-être nettement plus fun en multi quand plusieurs apprentis chirurgiens s’affairent autour d’un patient, avec l’effervescence de mécanos dans les paddocks d’une écurie de F1 lors d’un pit stop. Malheureusement nous n’avons pu nous y essayer qu’en solitaire. L’expérience était à la fois détestable mais fascinante. Comprenez qu’il est assez étonnant de réussir une transplantation du palpitant après avoir pourtant retiré une ribambelle d’organes vitaux comme les poumons, l’intestin grêle. En causant au passage une multitude de coupures et provoqué d’abondants saignements sur le corps du patient après avoir tenté d’éclater sa cage thoracique à coups de marteau. Fun, accessible et paradoxalement exigeant. Etonnant non ?

5H Paris s’éveille

Fatigué par cette première nuit de garde, j’aperçois enfin les premières lueurs de l’aube. En passant par le lobby, je découvre que le terminal informatique à partir duquel on accède aux blocs opératoires – praticables en solo comme en multijoueur – propose aussi d’autres activités. Bien plus qu’une “simple” simulation chirurgicale, Surgeon Simulator 2 se la joue en sus bac à sable en offrant une ribambelle d’autres “mini-jeux » concoctés par les anglais de chez BOSSA Studios ou par la communauté. Le titre intègre un éditeur de niveaux qui permet de créer des environnements et de personnaliser les règles de ses différents jeux afin de les partager avec ses estimés confrères… et consœurs bien sûr. Sympathique ! Notez que l’outil qui permet de créer les niveaux s’avère intuitif mais pas forcément pratique. Il oblige en effet à employer la perspective à la première personne afin de créer les environnements en employant des formes géométriques et textures. N’ayant pas l’âme d’un créateur, je me suis contenté d’essayer quelques créations dont un jeu de labyrinthe puis un autre de parkour aux plateformes mouvantes, pour l’amour du beau geste. Le résultat est relativement convainquant. Amusant !

Techniquement Surgeon Simulator 2 n’est pas splendide, il est loin d’être vilain non plus ! Malgré toutes les projections d’hémoglobines, il est assez propre. En dépit de notre progression dans le mode histoire, les changements opérés aux motifs du sol ou aux éléments décoratifs donnent l’impression que les décors manquent de variété. Qu’est ce qui ressemble le plus à un bloc qu’un autre bloc opératoire ? Côté rendu graphique ce jeu est doté d’un chara design cartoonesque et caricatural et d’environnements assez détaillés mais pas forcément au niveau des textures, car pour rappel le jeu n’occupe qu’un peu plus de 2Go. Les décors sont ainsi dotés de nombreux éléments (mobilier, déco, cartons, matériel…) avec lesquels il est possible d’interagir assez librement, à défaut de pouvoir le faire naturellement. Car comme expliqué un peu plus en amont, la maniabilité n’est pas le point fort du jeu. Il faut en vérité un certain temps pour s’adapter au contrôle de l’unique membre – excepté les jambes qui servent à se mouvoir, bien sûr – que l’on dirige par l’intermédiaire de la souris mais aussi du clavier. Même en étant ambidextre, recourir au bras gauche pour exécuter certaines actions n’est pas forcément intuitif, ni naturel. Déroutant est le terme sans doute le plus approprié. Et on doit vraiment s’accrocher pour ne pas jeter l’éponge. Enfin notez que si le titre dispose d’une interface et de sous-titres en français, les voix du jeu sont en anglais. À l’image du jeu personne n’est parfait. Cependant on peut-lui reconnaître que le jeu tourne assez bien en 1080P sur la déclinaison mobile d’un Ryzen5 avec un chipset vidéo additionnel (GTX1050) voire en 720P en employant le GPU Vega 8 intégré au CPU. Un bon point pour un jeu qui fait preuve d’un appétit de moineau.

Derrière sa façade de jeu fun et coloré, Surgeon Simulator 2 est impitoyable. Une simulation chirurgicale matinée d’escape game qui impose de dompter une maniabilité assez atroce. Pour sa défense, le titre propose un outil de création “intuitif” qui semble offrir pas mal de possibilités. Voilà un titre à réserver avant tout aux plus créatifs qui veulent faire mumuse avec la physique… et triturer des boyaux en bonne compagnie de temps à autres.

Good

  • Un principe original, complété par un mode bac à sable
  • Assez joli, coloré, pas gourmand il a tout pour plaire
  • Du contenu additionnel gratuit, un mode histoire...

Bad

  • … des opérations infaisables en solo
  • Hyper répétitif
  • La maniabilité difficilement apprivoisable
6.5

Correct

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.

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