Ubisoft a décidé de lancer son propre hard reboot

Après plusieurs années de résultats, disons, médiocres, l’éditeur français a décidé de se restructurer totalement. Il va y avoir du dégât, comme vous pouvez l’imaginer.

Ceux qui suivent cette industrie s’y attendaient depuis un moment. Compte tenu de sa situation, Ubisoft se devait de réagir. Face à un marché plus complexe et au succès mitigé de ses dernières productions, l’entreprise a annoncé une transformation profonde de son organisation.

Une organisation en « Creative Houses »

Ainsi, dès le printemps prochain, Ubisoft change de modèle. Finie la structure centralisée : désormais, l’éditeur fonctionnera avec cinq « Creative Houses » autonomes. Chacune de ces entités devra gérer son propre budget, ses productions et son marketing. Elles ont été segmentées par genre :

  • Creative House 1 (Vantage Studios) : Les blockbusters (Assassin’s Creed, Far Cry, Rainbow Six). Objectif : +1 milliard d’euros de revenus par marque.
  • Creative House 2 : Shooters compétitifs et coopératifs (The Division, Ghost Recon, Splinter Cell).
  • Creative House 3 : Jeux « Live » / GaaS (The Crew, For Honor, Skull & Bones).
  • Creative House 4 : Mondes fantastiques et narratifs (Anno, Rayman, Prince of Persia).
  • Creative House 5 : Jeux casual et familiaux (Just Dance, mobile, jeux de société).

Ménage de printemps et virage stratégique

Par ailleurs, histoire de repartir d’une feuille presque blanche, Ubisoft abandonne six projets en cours de développement, dont le remake de Prince of Persia: The Sands of Time et trois nouvelles licences. Sept autres projets ont été reportés à une date ultérieure pour que les équipes puissent les fignoler.

Côté stratégie, l’éditeur décide de se focaliser sur les mondes ouverts et les services live. À titre personnel, je pense que c’est une erreur. Je vous en parlerai prochainement dans un article de réflexion sur la direction prise par l’industrie et la raison pour laquelle, selon moi, beaucoup font fausse route.

Le coût humain et financier

Qui dit restructuration, dit forcément licenciements. Vouloir rendre une organisation plus « agile » implique des réductions d’effectifs. Ubisoft a déjà fermé les studios d’Halifax et de Stockholm et va réduire la voilure à Abu Dhabi, chez RedLynx et chez Massive Entertainment. Reste à voir l’impact sur les projets restants, même si l’annulation des titres cités plus haut « justifie » comptablement ces coupes sombres. Enfin, Ubisoft siffle la fin de la récré pour le télétravail : retour du présentiel obligatoire pour faciliter la collaboration.

Évidemment, ce chamboulement va peser lourd sur l’exercice fiscal 2026. L’éditeur prévoit des pertes importantes, de l’ordre du milliard d’euros. Le chiffre d’affaires et la trésorerie seront également impactés.

Cette transformation était sans doute nécessaire, mais permettra-t-elle de remettre Ubisoft sur les bons rails ? Je me demande s’il ne fallait pas une véritable réinvention de l’ADN d’Ubisoft, plutôt qu’une transformation qui ne semble pas remettre en cause les choix qui ont mené l’éditeur dans l’impasse actuelle. Seul l’avenir nous le dira, puisque les fruits de ces changements ne seront visibles que dans de longs mois, voire des années.