La portable de salon de Nintendo rattrape son retard et livre sa relecture de la dernière épopée de Dante. Paraîtrait que les bons jeux vieillissent comme le bon vin ? Vérifions l’adage avec ce hit de huit ans d’âge !
En ces temps de températures caniculaires, on se réjouit de rallumer la Switch 2. Dégageant moins de chaleur que ses imposantes rivales (PS5 et Xbox Series), elle permet néanmoins de découvrir une bonne partie des catalogues de ces mastodontes au prix de graphismes — généralement — moins fins. Avec l’arrivée de Devil May Cry V sur la « nouvelle » portable de Nintendo, Capcom se borne à adapter le hit sorti sur PS4/Xbox One puis « remis au goût du jour » lors de l’arrivée des PS5 et Xbox Series. Fatigue liée à la vague de chaleur infernale et flemmingite oblige, on vous propose de redécouvrir le test rédigé à l’époque en y ajoutant notre avis sur la réalisation dans l’ultime paragraphe.
Depuis la sortie d’un Devil May Cry 4, on pensait en avoir fini avec les aventures de Dante et surtout celles de Nero. La preuve, Capcom en coopération avec Ninja Theory avaient sorti cinq ans plus tard un sympathique reboot — sobrement intitulé DMC — qui offrait de suivre les aventures d’un Dante juvénile et irrévérencieux. Oubliée cette remise à zéro qui fleurait le sébum, Devil May Cry V s’impose comme la digne suite tant attendue… mais que l’on n’espérait franchement plus ! L’histoire de ce cinquième volet se déroule assez logiquement quelques années après le quatrième opus. Alors que Nero coulait des jours heureux avec sa douce Kyrie, un homme encapuchonné lui coupe le bras pour lui voler son fameux Devil Bringer avant de prendre la poudre d’escampette. Peu de temps après, ce gros looser de Dante — qui larve dans son bureau — est approché par un mystérieux jeunot un brin tête à claque surnommé « V ». Les trois hommes unissent alors leurs forces pour contrer Urizen — le roi des démons — décidé à quitter son domaine infernal pour étendre sa domination à la surface de la terre en envahissant Red Grave City. Ce rapide résumé simpliste ne rend évidemment pas honneur au scénario de Devil May Cry 5. Le dernier né de chez Capcom profite d’une mise en scène qui déménage, et lâche quelques révélations sur les origines de Dante ou Nero et introduit Nico — la charmante mécano — qui bricole des prothèses dévastatrices pour le divin manchot ainsi que « V » un héros cadavérique qui ne paye pas de mine.

Pas de surprise, à l’instar de ses prédécesseurs ce cinquième volet de la franchise DMC s’impose comme un excellent Beat Them Up. Si la sorcière de l’Umbra, Bayonetta, a pas mal dépoussiéré le genre en offrant un mix agréable de plateforme et d’action combiné à une prise en main intuitive, Devil May Cry V a conservé un peu de ses « lourdeurs » d’antan. Mais à contrario de la sorcière bien-aimée de chez Platinum, le rejeton de chez Capcom n’inflige pas de phases hors sujet et va droit à l’essentiel. Durant une douzaine d’heures on se limite à avancer à travers des environnements globalement assez linéaires (même s’il existe des zones cachées qui renferment des items et armes) en décimant une pléthore d’adversaires fraîchement débarqués des enfers afin de progresser vers la section de niveau suivante. Difficile de faire plus classique. En vrac, le jeu invite à dézinguer des ennemis insectoïdes rampants ou volants, d’immenses lézards préhistoriques, des faucheuses armées de cisailles géantes, des chevaliers damnés et des chauves-souris géantes. Un bestiaire qu’on a plaisir à enchaîner dans les airs, à pourfendre à terre ou à atomiser à coups de lance-roquettes. En théorie. Dans la pratique, on peste assez souvent contre la caméra, elle n’affiche pas les ennemis qui déboulent hors champ pour prendre part à la bataille ou attaquer. Les fourbes !

Cette fois, le jeu n’invite pas à incarner ni un, ni même deux mais carrément trois héros. En sus de l’inévitable — et vieillissant — Dante à la gouaille inimitable, au Devil Trigger (sa forme démoniaque) dévastateur, et à l’armement et styles de combats variés, le titre offre aussi d’incarner à nouveau Nero. Pour compenser l’absence de son Devil Bringer, son bras maléfique, il utilise différentes sortes de prothèses de combats aux pouvoirs et effets destructeurs. Gare ! Ces « membres armés » se détériorent au fil des combats et il s’avère indispensable d’en avoir toujours en réserve pour ne pas perdre en efficacité lors des affrontements. Dante comme Nero s’avèrent être des spadassins hors pair, et ils peuvent enchaîner les ennemis sur terre comme dans les airs et esquiver les attaques avec maestria. À condition bien sûr d’avoir amélioré l’esquive ! Enfin le troisième et dernier personnage jouable est « V ». Chétif et ressemblant vaguement à un mix d’Adam Driver (qui incarne Kylo Ren le méchant d’opérette des derniers Star Wars) et Ezra Miller (qui campait Flash dans le DCU), ce nouvel héros se mouille moins lors des combats que les deux descendants de Sparda. Plutôt que de foncer au cœur de la mêlée, cet invocateur utilise trois types de créatures pour occire les ennemis. Un corbeau pour attaquer à distance, une panthère noire adepte du corps à corps et enfin un golem surpuissant (en guise de spécial) pour infliger momentanément davantage de dégâts. Se limitant à commander ses familiers et à les ramener à la vie, « V » doit porter l’estocade aux ennemis affaiblis en les embrochant avec sa canne. Les trois héros de ce Devil May Cry 5 offrent donc trois prises en main différentes, mais pas d’inquiétude, on a autant plaisir à incarner le gothique de service que Nero ou Dante !


En plus de proposer dès le départ deux modes de difficulté, destiné aux fans de la série ou aux néophytes, Capcom a également pensé à ces derniers en offrant des enchaînements automatiques. Cette option permet — comme son nom l’indique — d’exécuter des combos en toute simplicité, même si c’est parfois assez déroutant de voir Dante exécuter un mouvement de capoeira au sol au lieu de taillader les ennemis avec son épée. Jouable en solitaire, le titre permet à quelques reprises d’être plus ou moins aidé par un ou deux autres joueurs suivant le niveau. Une bonne idée même si on aurait aimé pouvoir le pratiquer en coop de bout en bout, quitte à faire une grosse entorse au scénario.


Testé sur la Nintendo Switch 2 par le biais d’un code fourni par l’éditeur, le jeu ne s’accapare pas moins de 28 Go dans sa version dématérialisée. À titre d’exemple, c’est 7 Go de plus que Mario Kart World mais moitié moins que Street Fighter 6 qui campe plus d’une soixantaine de gigas. Pépouze ! Si la Nintendo Switch devait parfois ruser pour faire tourner les jeux qui carburaient au RE Engine (via le cloud), la Switch 2 peut en revanche compter sur la (sur)puissance de son hardware. Au prix d’environnements manquants toujours de vie mais souvent dotés d’éléments destructibles, Devil May Cry 5 offre des décors aux textures variées et détaillées. Certes les effets graphiques semblent plus grossiers, tels les ombres et le motion blur et il en est de même des modélisations des protagonistes. Bien qu’ils transpirent toujours le charisme par tous les pores de la peau, nos héros et leurs alliés semblent parés de textures et chevelures moins fines. Et impossible de tripatouiller dans l’écran des options pour désactiver les effets de flou de mouvement. S’il se montrait toujours aussi souple dans ses options de difficultés et de contrôles, l’écran dédié aux options d’affichage s’est montré spartiate… pour ne pas dire inexistant. Quand le framerate yoyotait sur la version OneS, la Switch 2 parvient à offrir un mode 60Hz constant. Plus fluide, à peine moins beau, le jeu est par contre toujours flanqué de caméras pas toujours placées idéalement lors des innombrables bastons. Côté son et musiques, le titre offre une BO électro/métal, répétitive et bien bourrine, qui envoie du lourd et dynamise les confrontations. Histoire de faire ruisseler de bonheur les cages à miel des vétérans de la saga, le titre permet même via le jukebox d’attribuer à Dante, Nero ou V des thèmes entendus dans d’anciens opus lors des phases d’action. En ce qui concerne les textes et voix, pas de VF cette fois, contrairement à Resident Evil Requiem, il faut se contenter de protagonistes s’exprimant en anglais ou en japonais. Pas d’inquiétude, les textes du jeu comme les sous-titres des cinématiques sont bien en français. Impossible de rater une bonne blague ou un trait d’esprit bien placé.





















