Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K – Une caméra vidéo pour ceux qui veulent aller plus loin

Tests

Si pour beaucoup d'utilisateurs, leur caméra est tout simplement dans leur poche puisqu'intégré à leur smartphone, certains utilisateurs ont besoin de monter en gamme pour une plus grande qualité et un plus grand contrôle. Streamers, youtubers et autres semi-pros et professionnels doivent toutefois faire face à un large choix dans diverses catégories. La Blackmagic Pocket Cinema Camera est une catégorie à elle seule.

En plus de 20 ans, j’ai eu l’occasion d’utiliser nombre de caméras vidéo. Souvenez-vous ainsi des fameux caméscopes – il en reste plus qu’une poignée de nos jours – utilisant des cassettes vidéos de divers formats : Hi-8, DV, Mini-DV, etc. Je me souviens encore qu’aux débuts de Playscope, je filmais les reportages avec un caméscope Sony mini-DV, la DCR-PC100. La caméra me servait également à récupérer les vidéos des éditeurs qui étaient produits sur des cassettes Betacam que j’enregistrais au format mini-DV pour pouvoir les récupérer via Firewire sur Mac et ainsi pouvoir les monter numériquement. Qu’est-ce qu’il fallait pas faire pour pouvoir proposer déjà à l’époque de la vidéo sur le site. :p

Depuis j’ai eu des caméras vidéo Canon et Panasonic avant de basculer vers les DSLR comme la Canon 7D ou la Panasonic GH-4. Depuis quelques temps, je tourne avec la Sony Alpha 7 III. Mais j’ai souvent checké les caméras de Blackmagic Design compte tenu de leur approche inédite par rapport aux constructeurs traditionnels.

Autant être clair avec vous, ce Pocket Cinema Camera 4K (la version 6K a été lancé également) n’est pas une nouvelle caméra. Blackmagic Design l’avait lancé il y a un peu plus d’un an. J’ai voulu vous en parler puisque j’ai pu y avoir accès et qu’en tant que vidéaste semi-pro, il me semble que cette caméra est vraiment une drôle de bête dans le sens positif du terme.

Un design original

Fabriqué à base de fibre de carbone et de polycarbonate, le boîtier fait un peu plastique mais m’a semblé robuste. Je n’ai pas eu de problème particulier à l’usage. Il faut toutefois préciser que sa taille est bien plus importante qu’un mirrorless comme la Sony Alpha 7 III ou la Panasonic GH-5. Son poids est également légèrement supérieur à ses comparses DSLR avec ses 722 g boîtier seul.

Blackmagic a opté pour un design inédit pour ses Pocket Cinema Camera. De loin, elle ressemble vaguement à un traditionnel DSLR mais présente un immense écran tactile de 5 pouces Full HD à l’arrière. Par contre, il est dommage que cet écran soit fixe. Impossible de l’incliner ou le retourner comme chez d’autres constructeurs. Cela n’est pas trop gênant lors de tournages en studio. Mais en extérieur, un moniteur monté sur un bras articulé est conseillé pour pouvoir voir ce qu’on tourne même sous des angles importantes et également pour mieux voir car cet écran n’est pas très lisible en extérieur en plein soleil.

L’écran est votre centre de contrôle avec une des interfaces les plus pratiques que j’ai eu à utiliser en plusieurs décennies. Elle est claire, sans fioriture, facile d’utilisation à un tel point qu’en trifouillant un peu soi-même, on parvient à la comprendre avant même d’ouvrir le manuel. Il est tout de même conseillé de bien lire le manuel pour pleinement profiter du potentiel énorme de cette petite caméra – enfin pas si petite que cela. Que ce soit l’affichage de l’image avec nombre d’informations comme l’histogramme, les différents paramètres de tournage, les repères de cadrage ou les écrans de réglages, tout a été bien pensé. Ceux qui viennent de l’informatique comme moi auront l’impression d’une interface ergonomique et familière. Bref, j’ai adoré cette interface et je regrette vraiment que les autres constructeurs en soient encore à pondre des interfaces old school à base de boutons et de roulettes alors même qu’ils ont tous sur leurs appareils des écrans tactiles pour la plupart des modèles.

A la droite de l’écran, on trouve des boutons dédiés à l’iris, au focus, au mode haute fréquence d’images, au zoom et l’accès au menu des réglages et au mode lecture de vos fichiers.

Puisque beaucoup de réglages sont possibles via l’écran tactile, le constructeur n’a pas trop surchargé la caméra de boutons. On trouve ainsi sur le dessus un interrupteur – un peu trop old school à mon avis mais qui a l’avantage de ne pas être facilement débrayable pour éviter toute erreur de manipulation – 3 boutons de fonction qu’on peut personnaliser, un bouton pour les réglages ISO, un autre pour le shutter et un pour la balance des couleurs. On trouve un bouton pour la prise de vue photo et un autre pour démarrer l’enregistrement vidéo. Enfin, vous trouverez une fixation standard pour installer des accessoires. Curieusement, Blackmagic n’a pas opté pour un traditionnel cold shoe ce qui peut s’avérer gênant.

De face, on trouve une molette avec bouton intégré pour pouvoir changer certains réglages rapidement et un second bouton d’enregistrement vidéo dont la logique me dépasse un peu. Sans doute que Blackmagic a pensé aux vloggers qui veulent se filmer mais franchement, cette caméra n’est pas destiné aux vloggers mobiles. Un petit indicateur lumineux est présent pour vous signaler si cela tourne ou pas. Blackmagic a également placé des microphones de part et d’autre de l’objectif.

A gauche, on retrouve divers connecteurs comme un micro-XLR pour les microphones professionnels, un port USB-C pour y brancher un SSD par exemple, une prise d’alimentation, un port casque audio et une entrée micro mini-jack. On retrouve également une sortie HDMI. A noter, et cela en a surpris plus d’un, que cette sortie HDMI ne propose que du 1080p. Si cela est suffisant pour y brancher divers moniteurs, les utilisateurs d’écrans/enregistreurs – comme votre serviteur – avec l’Atomos Ninja V ne pourront qu’abandonner l’idée d’enregistrer simultanément sur deux supports. Toute cette connectique est protégée par des capuches.

En dessous se trouve la trappe pour placer la batterie type LP-E6 que les possesseurs d’appareils Canon connaissent bien. S’il est suffisant sur les appareils Canon, il faut bien avouer que cette batterie est un peu trop « légère » sur une caméra telle que la Blackmagic Pocket Cinema. C’est d’ailleurs son plus grand défaut. Avec une autonomie d’une petite demi-heure, vous avez intérêt à avoir plusieurs batteries chargées dans votre sac ou opter pour des solutions de batterie plus importantes mais aussi plus imposantes. C’est moins gênant en studio puisqu’on peut l’alimenter via secteur.

Des capacités assez incroyables à ce prix

Le Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K (ou 6K) n’est pas vraiment comparable aux DLSR de Sony, Canon et autres Panasonic. Avant tout caméra vidéo, les caractéristiques de la Pocket Cinema Camera 4K privilégie la qualité et le contrôle de l’image avec un rendu cinématographique (d’où son nom). Vous pourrez ainsi tourner en 4K DCI (4096 x 2160) ou UHD (3840 x 2160) jusqu’à 60 images/seconde. Vous pourrez même monter jusqu’à 120 images/seconde en Full HD. Evidemment pour un rendu plus cinématographique, on aura tendance à utiliser un framerate bien plus bas, 24 i/s comme au cinéma ou 25/30 i/s. Mais ces hautes fréquences peuvent être utiles pour des ralentis par exemple.

La plage dynamique de 13 diaphragmes permet de capturer bien plus de détails dans les zones les plus claires et les plus sombres de l’image. Résultat, on peut facilement étalonner en post-production et produire du contenu HDR plus facilement sans perte de détail.

Cette caméra permet le pilotage à distance. Si vous avez un iPad, Blackmagic propose l’application Blackmagic Camera Control qui permet d’accéder à la majorité des contrôles sur l’écran de votre tabette Apple via Bluetooth jusqu’à une distance d’environ 9m. Curieusement, le constructeur ne propose pas la même chose pour les smartphones iOS et Android. On est obligé de se tourner vers des apps tierces payantes. Si vous avez lu mon test concernant le mélangeur vidéo ATEM Mini Pro, vous savez que cette caméra est également contrôlable via le logiciel ATEM Software Control. Branchez la caméra via HDMI à l’ATEM Mini Pro et vous pourrez utiliser le logiciel pour ajuster/modifier divers paramètres. Le logiciel et le mélangeur peut même en contrôler jusqu’à 4 caméras Blackmagic Pocket Cinema Camera.

A noter que, contrairement à nombre de DSLR, la Blackmagic Pocket Cinema Camera n’a pas de stabilisateur dans le boîtier. Le tournage à main levée va donc être délicate. L’objectif que j’utilise sur cette caméra ayant un stabilisateur optique, cela a pu stabiliser un peu l’image lors de mes essais. Mais pour une image  vraiment stable soit vous optez pour un pied, soit vous êtes bons pour acquérir un gimbal de taille conséquente de type DJI Ronin-S.

En gros, pour 1200€ environ, vous avez une base de caméra avec des capacités assez incroyables et qui pourrait vous suivre tout au long de votre progression dans votre travail visuel. Toutefois à ce prix, vous n’aurez que le boîtier. Il faudra investir dans un ou des objectifs micro 4/3. Si vous possédez déjà ces types d’objectifs alors c’est très intéressant. Si vous en possédez d’autres, vous pourrez toujours utiliser divers adaptateurs avec toutefois quelques inconvénients. Et il faudra également investir dans des accessoires pour le rendre vraiment utilisable mais j’y reviendrais plus bas dans l’article. Bref, cette caméra est à mon sens évolutive.

Des formats d’image de haute qualité

Si vous utilisez déjà des caméras DSLR, des smartphones ou des caméras action type GoPro, tous utilisent des codecs assez destructeurs pour faire tenir les vidéos souvent 4K de nos jours sur des cartes mémoires avec des débits acceptables. Bien souvent, sauf quelques exceptions, les constructeurs ont opté pour du H264/AVC et assimilés. Pour un usage dit vidéo et pour le commun des mortels, cela est suffisant dans la majorité des cas. Sauf que ceux qui cherchent à vouloir travailler leur image en terme de couleurs, contraste et autres réglages pourront difficilement le faire en post-production.

Avec la Blackmagic Pocket Cinema Camera, vous aurez moins ce problème. En effet, elle est capable d’enregistrer vos vidéos au format Blackmagic Raw et ProRes, des codecs nettement moins destructeurs que vous pourrez aisément retravailler par la suite. Seuls hics – oui il en faut toujours – la taille des fichiers s’en ressent fortement et prennent bien plus de place. Il faut également des supports rapides pour les enregistrer. La Blackmagic Pocket Cinema Camera permet 3 types de support. Vous pourrez utiliser des cartes SD UHS-II ou des cartes CFast 2.0 avec une vitesse minimale assez importante. L’avantage des cartes est leur faible encombrement mais la qualité requise est assez chère. L’autre solution est la possibilité de brancher sur le port USB-C un SSD externe comme une Samsung T5. Cette solution a l’avantage d’offrir un rapport Go/prix bien plus intéressant au détriment d’un encombrement plus important. A l’usage, il va falloir accessoiriser la caméra pour facilement placer le SSD.

Non seulement la caméra est vraiment intéressante mais Blackmagic Design le vend accompagné de leur logiciel de montage/étalonnage/post audio/effets visuels Davinci Resolve 16 Studio. Il s’agit de la version complète avec des fonctionnalités très poussées normalement vendu séparément pour 269€. Ce logiciel qui mérite vraiment le détour est en concurrence direct avec les Premiere d’Adobe et Final Cut Pro X d’Apple tout en offrant bien plus de fonctionnalités avancées. Je suis plutôt un monteur sur Final Cut Pro X mais pour avoir testé Davinci Resolve depuis un moment, il m’arrive de basculer dessus pour certains travaux. Evidemment, avec la Blackmagic Pocket Cinema Camera, le travail sur Davinci Resolve 16 Studio devient évident même si vous pouvez continuer à utiliser votre Adobe Premiere ou Final Cut Pro X.

Se monter une configuration polyvalente

J’ai souvent comparé le Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K avec les DSLR comme l’Alpha 7 III de Sony et la Panasonic GH-5 tout simplement parce qu’elle est à peu près dans la gamme tarifaire pour des configurations « utilisables ». En effet, s’il est possible de tourner en lui adjoignant un objectif, il est fortement conseillé d’investir dans d’autres accessoires pour se monter une configuration plus pratique dans la majorité des contextes de tournage. Une cage permet ainsi d’ajouter nombre d’accessoires. Pour ma part, j’ai ajouté une poignée pratique pour se balader avec, un SSD avec son support à fixer sur la cage et surtout un moniteur avec un bras articulé (cf. photos ci-dessous). Je pense qu’il s’agit de la configuration minimale – et je ne compte pas les batteries. Ma configuration ci-dessous approche des 3000€ principalement en raison de l’écran/enregistreur Atomos Ninja V mais vous pouvez obtenir quelque chose de similaire entre 2000 et 2500€ en fonction de l’objectif et le moniteur que vous aurez choisi. Et comme je l’ai indiqué plus haut, un gimbal peut être incontournable si vous voulez faire du run & gun stable. En comparaison, une configuration de base boîtier + objectif de la Sony Alpha 7III coûte plus de 2000€ sans les accessoires. Côté Panasonic, le boîtier de la GH5 coûte un peu plus cher que la Blackmagic donc pour une configuration similaire, vous atteindriez un prix un peu plus élevé. Toutefois, la GH-5 a l’avantage d’avoir un écran pivotable dans tous les sens. De ce fait, le moniteur n’est peut-être pas obligatoire.

Alors à qui s’adresse cette caméra ?

Je dirais que ceux qui sont sérieux sur la qualité et le travail d’image pour des tournages posés peuvent y réfléchir. Si vous êtes Youtuber ou, comme on dit de nos jours, créateur de contenu, cette caméra devrait être un bon investissement sur le moyen et long terme. Bien évidemment d’autres offres existent vous visant directement mais vous risquez dès lors d’atteindre leurs limites plus ou moins rapidement. Dans les faits, tout dépend de votre évolution dans la production de contenus, de votre créativité et des objectifs que vous voulez atteindre. Si vous avez commencé avec les caméras des smartphones, passer directement à une telle caméra est peut-être déconseillée. Le temps d’apprentissage peut rebuter. Par contre, si vous travailliez déjà sur des hybrides et voulez aller plus loin, la Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K peut être une solution. A titre personnel, je pense que la Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K va devenir ma caméra de studio. Je garderais mes autres caméras pour mes tournages en déplacement ou extérieurs car plus pratiques.

Il est bon de rappeler que ce n’est pas le matériel qui fait le contenu. Ce n’est qu’un outil. Créez, produisez avec le matériel que vous avez. Ce n’est qu’une fois qu’on atteint leur limite qu’on peut envisager de changer. Avec la Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K, je pense que cette limite est plus haute. Elle ne deviendra pas obsolète du jour au lendemain et devrait pouvoir vous suivre un bon moment.

Good

  • Les codecs proposés
  • La plage dynamique
  • Les possibilités en post-production

Bad

  • Une autonomie faiblarde
  • Pas de stabilisateur intégré
  • Sortie HDMI en 1080p uniquement
8

Super

Co-fondateur de Playscope, Michel est un des dinosaures de la presse spécialisée informatique et jeux vidéo. Certains diraient même fossile depuis le temps qu'il oeuvre dans cette industrie (1987). Il a survécu à nombre de magazines, d'éditeurs et de sites web. Gamer sans être un hardcore, Michel joue à un peu tout même s'il a une préférence pour l'action. Actuellement, il visite l'île de Tsushima ;)

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