Steam Machine, le possible futur belligérant dans le monde des consoles

Si Sony, Microsoft et Nintendo se partagent l’industrie de la console de jeu, il se pourrait bien que Valve soit la future épine dans leurs pieds.

Si vous suivez un minimum l’actualité, vous savez sans doute déjà que Valve — les créateurs de Half-Life mais aussi de la plateforme Steam — a annoncé sa Steam Machine, entre autres nouveautés : une console PC de salon. Après le Steam Deck, il était relativement logique que Valve retente le concept de machine de salon, déjà essayé il y a une dizaine d’années sans succès. Mais cette fois-ci, les astres semblent nettement mieux alignés pour faire de la Steam Machine un succès.

Steam Machine – Une console PC

Avant toute chose, un petit résumé de ce qu’est la Steam Machine. Il s’agit en gros d’un PC standardisé, basé sur un CPU Zen 4 à 6 cœurs et un GPU RDNA 3 semi-personnalisé avec 28 unités de calcul et 8 Go de mémoire vidéo, annoncé comme six fois plus puissant que le Steam Deck. Elle embarque également 16 Go de mémoire vive. Cette console permettrait de jouer jusqu’en 4K60 grâce à la technologie FSR. Fonctionnant sous SteamOS — et non sous Windows comme les nouvelles consoles PC portables telles que la ROG Ally ou la Lenovo Legion — la Steam Machine devrait offrir une expérience plus proche de celle d’une console traditionnelle, avec une interface accessible et ergonomique.

Et qui dit SteamOS dit… Steam. Vous pourrez donc y lancer tous les titres que vous possédez déjà sur votre compte Steam. Pour les nouveaux venus, cela signifie tout simplement pouvoir acheter et jouer aux jeux PC disponibles sur la boutique, y compris les titres AAA.

La Steam Machine sera proposée en deux versions : une avec 512 Go de SSD et l’autre avec 2 To. Le SSD étant relativement facile d’accès, il sera possible de le remplacer soi-même. De petite taille, avec sa forme cubique de 16 cm de côté — elle rappelle à beaucoup la GameCube de Nintendo ou le Power Mac G4 Cube d’Apple — la Steam Machine dispose d’un port microSD, d’un port Gigabit Ethernet, d’un DisplayPort 1.4, d’un port HDMI 2.0, d’un port USB-C et de quatre ports USB Type-A. La connectivité sans fil repose sur le Wi-Fi 6E et le Bluetooth 5.3, avec antenne dédiée. Ce cube intègre également son alimentation, évitant ainsi l’encombrement d’un bloc externe.

Steam Controller – Une évolution logique

Pour accompagner cette Steam Machine, Valve a également dévoilé une nouvelle manette baptisée Steam Controller. Inédite, elle conserve les principes du précédent modèle tout en améliorant largement le concept. Ainsi, en plus de sticks analogiques magnétiques TMR offrant une longue durée de vie et évitant le drifting, ainsi que de boutons et gâchettes classiques, cette manette propose également des palettes sous le pad.

Son originalité réside surtout dans ses deux pavés tactiles capacitifs avec retour haptique — un peu comme sur le DualSense de Sony — situés sous les sticks. Puisque les jeux peuvent être joués avec n’importe quelle manette USB ou Bluetooth classique, cette nouvelle manette ne sera pas obligatoire. Il est probable que Valve proposera des packs avec ou sans Steam Controller pour accompagner la Steam Machine.

À noter que cette manette est annoncée compatible avec les autres machines sous SteamOS, ainsi qu’avec Windows, macOS, Linux, iOS et Android, mais nécessitera le dongle Steam Link.

La Steam Machine sera-t-elle une vraie concurrente aux consoles de salon traditionnelles ?

Sur le papier, la Steam Machine est plutôt séduisante. Valve semble avoir tiré les leçons de son précédent essai de machine de salon, tenté il y a une décennie. Mieux pensée et mieux exécutée, dotée d’un SteamOS enfin mature grâce au travail réalisé pour les consoles portables Steam Deck, la Steam Machine s’apparente en fait à un Steam Deck plus puissant, destiné à ceux qui veulent jouer sur un moniteur ou un téléviseur sans forcément privilégier la mobilité.

Même si le Steam Deck suffit pour jouer à de nombreux titres, son utilisation sur un grand écran met en évidence certaines faiblesses en termes de qualité graphique, là où son petit écran masquait plus facilement les défauts visuels. Alors que Microsoft et sa branche Xbox semblent également préparer une console PC — qu’ils nommeraient simplement Xbox et qui fonctionnerait très probablement sous Windows — Valve opte pour un SteamOS mieux pensé et mieux optimisé pour le gaming, et qui a déjà largement fait ses preuves. Le fait que la Steam Machine soit compatible dès le départ avec la grande majorité du catalogue Steam la rend forcément attrayante pour ceux qui possèdent déjà un PC ou qui cherchent une machine de jeu offrant des titres souvent plus abordables que sur consoles, ces dernières imposant une redevance qui renchérit le prix des jeux.

Il subsiste toutefois quelques réserves quant au potentiel de la Steam Machine. Commençons par évoquer une absence notable : Valve n’a pas encore dévoilé le tarif de la machine. Si l’objectif est de séduire les joueurs console, il faudra sans doute que la Steam Machine n’excède pas les 600 € au maximum. Cependant, compte tenu des caractéristiques annoncées, on peut légitimement se demander si Valve pourra proposer un prix véritablement attractif. Idéalement, un tarif autour de 499 € pour la version 512 Go serait parfait. Il faudra patienter pour en avoir le cœur net.

L’autre inconnue — liée directement au prix — concerne la puissance réelle de la Steam Machine. À en juger par les caractéristiques annoncées, beaucoup d’observateurs estiment que la machine offrirait des performances proches de celles d’une PS5 — et je ne parle même pas de la PS5 Pro — sans toutefois bénéficier du même niveau d’optimisation matérielle dédiée au gaming dont Sony a fait preuve. Il faudra donc vérifier si la Steam Machine sera capable de proposer au moins une expérience fluide, avec une qualité visuelle comparable à celle d’une PS5. Il ne faudra pas non plus s’attendre à des jeux PC AAA affichant une réalisation au sommet, comme on peut en voir sur des configurations très haut de gamme.

Valve semble avoir souhaité proposer une machine homogène, correspondant à une configuration PC moyenne telle qu’on en retrouve chez de nombreux utilisateurs Steam. Si le prix est contenu, ce niveau de performance sera suffisant pour la majorité des clients, qui de toute manière ne connaissent pas le très haut de gamme PC en raison du coût extrêmement élevé des configurations destinées aux hardcore gamers ou aux professionnels comme moi.

Steam Frame – La réponse de Valve à Meta

On connaissait principalement la VR à travers des casques de réalité virtuelle nécessitant un PC ou une console. C’était le cas des HTC Vive, des anciens Oculus ou encore des PS VR 1 et 2 de Sony. Meta a quelque peu changé la donne avec ses Meta Quest, de véritables casques VR autonomes permettant de jouer et de découvrir du contenu en toute liberté. Le Steam Frame est la réponse de Valve à Meta, puisque ce casque VR fonctionne de manière totalement indépendante — même s’il est également possible de l’utiliser connecté à un PC, comme je l’expliquerai plus bas.

Fonctionnant avec un SoC Qualcomm Snapdragon 8 Gen 3 à architecture ARM — un modèle que l’on retrouve dans certains smartphones — et un SteamOS adapté à cette architecture, le Steam Frame embarque 16 Go de mémoire vive. Il est doté de deux écrans LCD de 2160 × 2160 pixels, équipés d’optiques « pancake » et affichant une fréquence de rafraîchissement de 72 à 120 Hz (un mode 144 Hz existe en version expérimentale), pour un champ de vision de 110°.

Pour le suivi du casque et des contrôleurs, le Steam Frame s’appuie sur quatre caméras externes. Deux caméras internes assurent le suivi des yeux. L’audio est pris en charge par deux haut-parleurs intégrés de chaque côté du bandeau. Valve ne semble toutefois pas permettre de brancher un casque audio externe, ce qui est regrettable.

Côté stockage, deux modèles seront proposés : 256 Go ou 1 To, avec un port microSD permettant d’étendre l’espace si nécessaire. Valve a même prévu un port d’extension PCIe, dont l’usage reste pour l’instant mystérieux.

Le Steam Frame sera livré avec des contrôleurs reprenant plusieurs éléments du Steam Controller, notamment les sticks magnétiques. D’autres fonctionnalités font leur apparition, comme le suivi capacitif des doigts et le retour haptique.

Avec ce Steam Frame, Valve entend proposer de jouer à des jeux VR ou non-VR en toute autonomie, avec un niveau technique plus que correct, probablement en concurrence directe avec le Meta Quest 3. Reste à voir quels titres seront lancés spécifiquement sur cette nouvelle plateforme. Valve a annoncé un programme « Frame Verified » destiné à indiquer aux utilisateurs quels jeux fonctionnent en mode autonome. Grâce à sa couche de compatibilité Proton (pour les jeux Windows/Linux) et FEX (qui traduit le x86 vers ARM), d’autres titres pourraient fonctionner directement sans travail supplémentaire de la part des développeurs. Et, architecture ARM oblige, il sera également possible d’exécuter des jeux Android, y compris des jeux VR Android.

Contrairement au Meta Quest, le Steam Frame est un casque VR hybride. Capable de fonctionner en mode totalement autonome comme les Meta Quest, il peut aussi se connecter sans fil à un PC grâce à un adaptateur utilisant la bande des 6 GHz pour retransmettre des jeux VR ou non-VR. Pour cela, Valve a innové en concevant un système de transmission fovéale. À l’instar du rendu fovéal du PS VR2 — où la console ne calcule en haute résolution que la zone où se pose le regard du joueur — la technologie conçue par Valve optimise la qualité de la transmission en fonction de la zone regardée grâce au suivi oculaire intégré. C’est ingénieux, et il est probable que cette technique se généralise à d’autres usages.

Comme pour la Steam Machine, Valve n’a pas encore communiqué le tarif du Steam Frame. Avec son design soigné, compact et équilibré notamment grâce à la batterie placée à l’arrière, le Steam Frame apparaît très séduisant. Il ne reste plus qu’à espérer un prix abordable.

Les trois nouveautés de Valve sortiront début 2026, sans date précise pour le moment. On reviendra sur ces produits dans un proche avenir.