Le malheur de la dernière production de chez Kojima ? Avoir déboulé dans les mêmes eaux que la Switch 2 de Nintendo ! Avec énormément de retard, on se penche enfin sur la seconde aventure de Sam Porter injustement boudée lors de la dernière édition des Game Awards !
MeaCulpa ! Si les équipes de Kojima Production cravachent intensivement sur le développement de l’énigmatique OD Knock pour le compte de Xbox Studios, l’été dernier, on était passé à côté de Death Stranding 2. Malgré un calendrier estival peu chargé en sorties, car plutôt généreux en sorties de route, en projections de carapaces et dérapages (la faute à Mario Kart World), il faut croire que l’on a attendu le retour du froid et des mauvais jours pour se lancer durant une trentaine d’heures dans une épopée plus captivante, et plus dépaysante encore ! Toujours édité par Sony, Death Stranding 2 se paie cette fois une nouvelle sortie en exclusivité sur les machines de Sony qui carburent à la 4K et au ray tracing. Si vous avez découvert le premier volet sur PC ou – pire encore – sur Xbox Series il va falloir s’armer de patience.
Sans trop dévoiler de l’histoire de Death Stranding 2, elle se situe dans le prolongement du premier volet. Tandis que Sam et bébé Lou coulent des jours heureux au Mexique quelques mois après leur épopée à travers les states, ils reprennent du service … de livraison. Il va s’agir de « livrer » encore différents genres d’objets et de matières premières aux rescapés d’un cataclysme toujours organisés en poche de survie et dispersés à travers la map. L’exercice est loin d’être aussi facile que les tribulations du livreur lambda de chez Chronopost ou Mondial Relay. Il s’agit en effet de crapahuter à travers de vastes étendues aux reliefs accidentés, à pied ou aux commandes d’un véhicule (trike ou pick up) ou d’une machine de fortune, voire à bord d’un monorail. Et puis oubliez Bridges ! Collaborant avec Fragile et tout un équipage haut en couleur d’un navire baptisé le Magellan, Sam œuvre désormais pour le compte de Drawbridge ! Autre employeur, mais même mission. Comprenez par là qu’il s’agit de connecter les gens au réseau chiral via le service de livraison. Si le titre offre de s’échauffer les guiboles en jouant les coursiers au Mexique, Death Stranding2 prend toute sa dimension en nous envoyant découvrir les merveilles d’un autre terrain de jeu, immensément plus vaste : l’Australie. Le pays où les hommes sont des hommes et où les moutons sont nerveux ! Ce véritable monde ouvert (traversable d’Est en Ouest sans chargement), aux paysages post-apocalyptiques ne se limite pas à nous confronter à des successions de terrains escarpés. Une nouvelle fois il va falloir prendre les armes !

Une nouvelle fois on se retrouve opposé aux hordes de Mules enragées, des pilleurs qui essaient de s’accaparer les objets qu’on doit livrer, et bien évidemment aux Echoués. Ces spectres débarquent lors des chutes de pluie, et, ils resserrent les rangs pour barrer le passage à notre héros. Une fois détecté par l’un de ces êtres éthérés, Sam doit fuir à toute jambes ou se libérer de l’emprise des spectres rampants. En effet, ces derniers tentent -toujours – de le capturer afin de le livrer en pâture à une bestiole gigantesque lors d’une confrontation plus épique que jamais. Les environs se retrouvent alors envahis par une marée noire, et une créature marine sortie tout droit d’un cauchemar du Capitaine Achab tente de faire boire la tasse à ce bon vieux Sam. En sus du retour des pillards et des fantômes, le bestiaire s’est enrichi d’un nouveau type d’ennemi, en la personne de mystérieux êtres cybernétiques écarlates commandés par un adversaire revanchard. D’ailleurs, le titre oblige à affronter aussi à plusieurs reprises un mercenaire « Solidsnakesque » et son escouade de têtes brûlées lors de rixes hallucinantes et… hallucinées. Un peu à l’image des affrontements récurrents contre Cliff, le personnage qu’incarnait Mads Mikkelsen dans le premier opus.


Si l’on pouvait reprocher à Death Stranding premier du nom de nous accabler par son démarrage laborieux, ce second volet m’a semblé être mieux rythmé et plus captivant. Pourtant peu de choses ont changé. Lors des livraisons il va s’agir de composer avec le poids des items que l’on transporte, de veiller à avoir suffisamment de ressources pour bâtir des infrastructures (routes, ponts, téléphérique…) ou d’énergie pour employer des véhicules électriques et exosquelettes et enfin de garder un œil sur l’usure des chaussures. Naturellement il faut veiller à garder l’équilibre lors du périple en traversant à guet une rivière/torrent pour ne pas perdre ou endommager les précieuses marchandises. Bref, chaque livraison impose de jongler avec de nombreuses contraintes ! S’il est possible de préparer/simuler son périple avant de se lancer dans une livraison soyez prévenus, il n’est pas rare de s’écarter parfois du sentier que l’on aura tracé pour récupérer des marchandises perdues par d’autres porteurs ou s’éloigner d’un danger. Prudence est certes mère de sureté, mais pas question pour autant de s’aventurer dans les étendues sauvages sans avoir quelques armes en réserves. Indispensables pour clouer le bec aux robots, aux mercenaires comme aux mules, les sulfateuses peuvent aussi renvoyer les échoués vers leurs créateurs. Précisons que si l’on pouvait employer des grenades enrichies en matières fécales ou en urine pour se débarrasser des fantômes dans le premier opus, Death Stranding 2 propose un arsenal moins pipi-caca. Plus généreux, l’armement est constitué de mitrailleuses, fusil à pompe, fusil de sniper, lance-bolas et boomerang … périple en Australie oblige. L’arsenal s’étoffe et s’améliore grâce au degré d’affinité développés avec les clients au fur et à mesure des livraisons réussies. Ça vaut bien la peine de se décarcasser et de bichonner la clientèle. Pas vrai Chronopost, UPS et les autres ? Véritable « lourdeur » héritée du premier volet qui « pèse » sur le gameplay, il est impossible de recharger les armes par le biais de munitions dénichées dans des boites ou sur le sol. Dans ce monde post-apocalyptique en proie à la surconsommation, il faut ainsi se résigner à fabriquer une nouvelle arme chargée à bloc ou en ramasser une autre dans le feu de l’action. Lourdingue ? Oui.


Tour de force sur PlayStation4, le moteur développé par les néerlandais de Guerilla – employé par Horizon et sa suite – qui anime encore cette seconde aventure de Sam Porter semble avoir pris toute sa dimension sur PlayStation 5 ! Difficile de ne pas tarir d’éloges tant le rendu visuel ne se prive pas d’en mettre davantage plein les mirettes ! Parfois même photoréaliste, il offre une virée à travers l’Australie sublimée par des panoramas époustouflants aux palettes chatoyantes qui s’étendent à perte de vue. Le moteur est aussi généreux en effets graphiques, en effets climatiques et de particules plus vrais que nature. Non content de nous coller déjà une bonne claque par le niveau de finesse de ses environnements aux textures détaillées, Death Standing 2 impressionne aussi par le soin apporté aux modélisations et animations de son bestiaire mais aussi et surtout de ses protagonistes/antagonistes. Ainsi Sam, et les membres d’équipage du Magellan (Fragile, Rainy et les autres), impressionnent par le niveau d’expressivité de leurs avatars et le naturel de leur gestuelle. Comme la plupart des productions modernes, le titre laisse le choix au joueur d’opter entre fluidité de l’animation et finesse du rendu. On aurait évidemment tendance à vous suggérer de privilégier le premier type de paramètre visuel ! Cependant du fait du rythme pas forcément effréné de l’action, mettre l’accent sur la finesse du graphisme n’a rien d’insensé, puisque l’animation du premier volet de Death Stranding sur PS4 moulinait déjà à une trentaine d’images par seconde : Seulement ! Ce qui ne l’a pas empêché de nous coller une claque magistrale en son temps ! Achevons ce volet consacré à la réalisation en précisant que le design du jeu, conçu par le designer Yogi Shinkawa, est plus Metalgearesque que ne l’était le premier opus. Et forcément, on jubile devant les hommages – peu ou pas subtiles – faits à Snake, Raiden ou encore au Metal Gear. Bientôt la fusion des univers ? Si le titre régale nos oreilles par des doublages d’excellente facture (dont Emmanuel Karsen feu la voix française de Normad Reedus disparue en septembre dernier), nos cages à miel dégoulinent de bonheur grâce à la BO qui prend parfois aux tripes. En sus de retrouver Low Roar, ou des groupes comme Magnolian, Grimm Grimm ou Silent Poets, la bande originale du jeu a été bichonnée par l’artiste lyonnais Woodkid en collaboration avec Hideo Kojima. Préparez-vous à verser quelques larmes, maudite poussière… du désert australien !





























