Carrion – Ding Ding Dong

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Une créature assoiffée de sang sème la terreur dans un complexe de recherche. Inutile de courir, de crier ou de vous cacher. Faites-vous une raison, vous êtes le mal incarné ! Survivez !

Pour une fois, on ne s’étendra pas sur le CV du studio qui est à l’origine de Carrion, puisque les varsoviens de Phobia Game n’ont co-réalisé par le passé qu’un seul titre : Butcher. Ce titre sorti en 2016 était un shooter 2D (vu de profil) pixelisé, mais ultra-rapide et gore à souhait. Visiblement cette production indé a servi de terreau à Carrion qui a intégré au cours de ses trois années de développement pas mal de ces ingrédients à son ADN. Toutefois, on n’incarne pas ici un tueur psychopathe cybernétique mais une bestiole semblable à gros tas de bidoche tentaculaire : On a déjà vu plus charismatique ! Toutefois le monstre mal aimé s’interroge sur sa nature, il doute, il renâcle à tuer ceux qui se dressent sur son chemin, ce qui aboutit à une longue épopée non-violente entremêlée de réflexions philosophiques… Non je plaisante ! Sans surprise Butcher semble avoir été un peu l’ébauche de Carrion ! Ce dernier s’avère être un jeu d’action/plateforme en 2D et plus encore un Metroidvania résolument gore. La différence ? On incarne ici le bad guy, que dis-je ? Le monstre !

Incarner un méchant et plus particulièrement un monstre dans un jeu vidéo, voilà une expérience pas banale, rafraichissante, mais qui n’a rien d’inédit. Remémorons-nous par exemple de nos chasses à l’homme lorsqu’on campait le Raptor de Jurassic Park sur MegaDrive, de l’Alien ou du Predator dans AVP (PC et Jaguar) voire des gigantesques bestioles de Rampage qui ont fait les beaux jours de l’arcade des micro et consoles 8bit. Comme précisé un peu plus en amont, le monstre difforme que l’on incarne ici doit s’échapper d’un complexe scientifique. Ce tas de barbaque sanguinolant crapahute à travers des tableaux labyrinthiques qui font furieusement penser à ceux de Metroid/Castlevania. Comprenez qu’en plus d’être tortueux, ces levels possèdent aussi des portions de niveaux accessibles une fois que l’on a débloqué un pouvoir ou une compétence. Ce genre d’exercice relève de la formalité lorsque l’on a accès à une carte ou une Mini-Map ! Mais hélas ici on se trimballe à travers des dédales de couloirs, de gaines de ventilations ou conduites d’égouts un peu au pif. Comprenez que le “sonar” employé par notre créature cauchemardesque ne brille pas par son utilité, ni par sa précision. Mais qu’importe, il s’agit d’implanter des nids à différents endroits d’un level pour débloquer une issue vers le niveau suivant. Simple non ? La durée de vie du titre est inférieure à une demi-douzaine d’heures et peut s’achever en l’espace d’une longue soirée estivale. Heureusement qu’il propose des points de sauvegarde puisqu’il n’est pas rare de mourir parfois… bêtement souvent !

On a beau incarner une bestiole qui gagne en férocité et en énergie lorsqu’elle phagocyte ses ennemis, cela ne l’empêche pas de craindre les tirs d’armes à feu comme les contacts prolongés avec les jets de flammes. Certes, Carrion invite à croquer des humains terrorisés pour se refaire une santé ou croître en taille mais ce jeu d’action impose surtout de survivre à un bestiaire constitué de détachements de marines lourdement armés, d’escadrilles de drones volants et des méchas surpuissants. Bref, des ennemis puissants et non comestibles. Histoire de pimenter davantage le challenge, on doit aussi composer avec des tourelles de sécurité et des dispositifs détonnant. Ces pièges peuvent renvoyer notre bébête à son créateur d’un simple souffle d’explosion ou d’un tir nourri de mitraille. Méfiance donc ! Lors de l’aventure, la bestiole peut assimiler des ADN supplémentaires qui prodiguent des capacités spéciales, offensives ou défensives à une forme spécifique. Par exemple. À sa “taille” de départ notre créature peut profiter d’une courte invisibilité, en évoluant elle peut projeter des pics acérés, enfin dans sa version plus avancée (et donc imposante) elle peut s’entourer d’un bouclier pour ne pas succomber à une explosion. Pratique ! Difficile de jouer la carte de la furtivité surtout lorsque, à l’instar d’un Human Centipede, la chose devient gigantesque et difficilement manœuvrable dans les étroits corridors sans s’y reprendre à deux ou trois reprises. Afin de pallier à son imposant gabarit, elle peut laisser traîner un tentacule afin de prendre possession du corps d’un ennemi (mort ou vivant) et contrôler ses mouvements voire ses attaques. Voilà un bon moyen de rester hors de portée des tirs adverses ou bien d’actionner un levier à distance en toute sécurité ! Mais avec ses innombrables gueules aux canines acérées et ses déplacements fulgurants notre bestiole est plutôt du genre à foncer dans le tas et à ne pas faire dans la dentelle. Bourrin vous avez dit ? En théorie oui. En pratique comme expliqué précédemment il est parfois préférable de trouver la bonne stratégie d’attaque pour ne pas se retrouver sous les tirs nourris de plusieurs ennemis. Mieux vaut la jouer fine et ne pas céder à ses instincts les plus dévorants !

Côté réalisation, production Devolver Digital oblige, le titre est doté d’un inévitable rendu Néo-Rétro. Qu’est-ce donc ? C’est cette tendance qu’ont les développeurs indé depuis quelques années de faire des jeux dignes des machines 8/16 bits à l’image de l’inévitable Hotline Miami du même éditeur et plus récemment de Blazing Chrome. Comprenez que le rendu y est volontaire pixelisé, la palette de couleurs réduite au strict nécessaire mais que certains effets graphiques (comme les effets d’éclairages sur les tirs de lance flamme) ou atmosphériques semblent plus d’actualité. Dans le cas de Carrion notez que l’animation du monstre n’aurait jamais pu atteindre un tel niveau de fluidité sur une console comme la MegaDrive ou la SNES. Evidemment. Le titre emploi les techniques de rotoscoping utilisés par des jeux comme Flashback, Another World ou Prince of Persia pour animer les ennemis humanoïdes. Si le jeu bouge assez bien à l’écran, notez par contre, comme dit un peu plus haut que le degré de maniabilité de la “bête” dépend de sa taille et qu’elle oscille de l’agréable au franchement irritant. Paradoxalement, notez qu’il est assez jouissif d’incarner une énorme bestiole décharnée et de tout dévorer sur son passage avec en fond sonore des thèmes qui rappellent un peu ceux d’Alien/Prometheus ou Predator. Pensé pour être dégusté égoïstement en solo, il ne manque à ce titre qu’un mode multi praticable en gameplay asymétrique où – à l’image du Predator hunting Grounds sorti au printemps dernier sur PS4 – un joueur camperait la bête contre une escouade de joueurs. Un jour peut-être…

La seconde production de Phobia Game Studio ne manque pas d’originalité. Cependant on en a un peu vite fait le tour de Carrion tant il s’avère court, un brin répétitif mais indéniablement “fun”.  À 20€, difficile de vous conseiller de foncer dessus en day one, guettez une éventuelle promo sur Steam.

Good

  • C’est si bon d’être méchant
  • Graphiquement, il a son charme
  • Quelques thèmes SF assez sympas

Bad

  • Une action assez brouillonne
  • Une maniabilité parfois déroutante
  • Répétitif, pas bien long
7.3

Bon

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.

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