Kingdom Come Deliverance – Vivre comme un manant

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Enfanté dans la douleur après une campagne Kickstarter lancée en 2013, la première production de Warhorse Studios déboule enfin sur nos consoles et PC. Est-ce que l’attente en valait vraiment la peine ? Honnêtement…

Même si le nom de Warhorse Studios ne vous  dit absolument rien, sachez pourtant que ce studio tchèque a été fondé il y a presque sept ans par des vétérans de l’industrie. Sous la bannière du cheval de guerre, on retrouve notamment des transfuges de chez 2K Czech et de Bohemia Interactive, qui sont à l’origine de licences aussi prestigieuses que Mafia, Operation Flashpoint ou même encore ARMA. Codemasters ou 2K n’ayant pas mis la main à la poche, les développeurs de ce studio « indépendant » ont néanmoins pu compter sur un crowdfunding couronné de succès pour initier ce projet dont la date de sortie était alors calée à la fin de l’année 2015. Désormais édité par Deep Silver (éditeur de productions généralement teutonnes), Kingdom Come Deliverance débarque avec deux années de retard, sans tambour ni trompette… en affichant pourtant de sacrées ambitions.

Pourfendeur d’orques, chevaucheurs de dragon et autres éviscérateurs de hobbits passez votre chemin ! Même si le jeu se déroule dans un univers médiéval il a laissé la fantasy, la magie et les créatures fantastiques au placard. A la place, cet « action/RPG à la première personne » invite à suivre la quête vengeresse à travers la Bohème du XVème Siècle d’un banal manant. Ainsi ce fils de forgeron prend les armes après avoir assisté impuissant au massacre de ses parents (et des villageois) perpétré par des hordes de barbares et un monarque despotique. Modérez vos ardeurs ! Avant de nous envoyer pourfendre du Coumans enragé, Kingdom Come Deliverance propose de suivre le quotidien de notre humble jouvenceau à travers une mise en jambe initiatique durant laquelle Henry doit accomplir de basses besognes pour le compte de son père et se castagner joyeusement avec ses potes… avant de fuir à bride abattue vers la première forteresse venue. Malgré quelques moments larmoyants chargés en émotion, ce tuto dirigiste réussi le double exploit de s’éterniser et finalement d’être ennuyeux.

L’interminable tour de chauffe bouclé, l’aventure commence alors ! Enfin on peut crapahuter librement à travers ce territoire d’Europe Centrale. Un monde ouvert aux plaines et collines verdoyantes, aux épaisses forêts à la faune variée et partir à la découverte de charmantes bourgades à la population antipathique et aux tavernes accueillantes. Comme dans tout bon RPG, s’il n’est pas rare de croiser des PNJ qui confient des missions annexes, rémunératrices en espèces sonnantes, Kingdom Come Deliverance offre en sus de suivre une quête principale durant laquelle notre bon Henry gravi les échelons de la chevalerie par ses exploits. Certes l’aventure est prenante, généreuse en aventures et immersive (de par sa perspective), toutefois la première production de chez Warhorse irrite par bien des aspects tant au niveau des mécaniques de jeu que par sa réalisation. Diantre quel gâchis !

Ne vous fiez pas à sa vue à la première personne, le titre s’avère infiniment moins accessible que ne l’est Skyrim, par exemple. Les combats à l’épée relèvent moins du « bourrinage » de boutons et imposent, pour espérer survivre, de maîtriser l’esquive mais également le contre. En théorie, il suffit d’anticiper la direction du coup de l’opposant afin de porter une taillade bien orientée ou un coup d’estoc ou d’éviter l’attaque. En pratique, ces techniques de combat inculquées au joueur à l’occasion d’une rapide initiation sont assez difficiles à placer, dès lors qu’on se retrouve confronté à plus de deux ennemis. Afin de jouer la carte de la sécurité, le jeu propose aussi de s’armer d’un arc pour tenir les ennemis à distance. Gare ! Les flèches sont rares et cette arme impose de faire preuve d’un sacré sang froid pour ne pas manquer la cible, faute de réticule de visée. Si l’imprécision de l’arc s’avère moins problématique durant les parties de chasse, lors des combats il faut décocher bien plus d’une flèche dans le buffet de l’ennemi avant de le voir s’écrouler. Comme si les affrontements n’étaient pas déjà assez « complexes », ce Kingdom Come Deliverance oblige aussi à composer avec une jauge d’endurance entamée à chaque attaque et contre ou lorsque l’on se prépare à tirer à l’arc. Il faut aussi veiller à ce que notre héros dorme suffisamment, se nourrisse convenablement ou qu’il ne laisse pas s’infecter de vilaine blessure ou fracture. Enfin, histoire de pousser le réalisme jusqu’au bout, notez qu’il n’est pas possible d’employer des aliments curateurs durant les combats. Frustrant ! Flanqué d’une gestion des sauvegardes assez discutable, par le biais de « liqueurs du sauveur » (vendues à prix d’or) ou une progression consignée dans les auberges, vous noterez alors que le joueur n’a pas vraiment le droit à l’erreur.

Techniquement, Kingdom Come Deliverance est – disons le sans détour – une énorme déception ! Testé sur PlayStation 4 près d’un mois après sa sortie, ce titre carburant au CryEngine de chez Crytek devait nous faire pleurer de bonheur…. En théorie. Il offre des environnements qui s’étendent à perte de vue et des effets de lumière à travers les feuillages assez somptueux. Et si on lui pardonne de sacrifier des détails lointains afin de ne pas plomber la fluidité de l’animation, en revanche, le titre ne nous épargne pas fréquemment quelques pelletées de bugs assez gênants. Quand ce ne sont pas des textures en haute définition des décors qui manquent à l’appel, ce sont des objets (problématique lors d’une partie de dés) ou carrément des pans entiers du décor qui s’affichent pas. Ce qui confère un aspect assez irréel à certaines scènes où des PNJ semblent flotter dans les airs. Sur la console de Sony, les temps de chargements se sont avérés horriblement longs notamment au démarrage du jeu (en sus de se retaper la cinématique d’intro à chaque lancement). En cours de partie, les écrans de chargement sont heureusement plus rares. Ainsi, on passe de l’intérieur d’un bâtiment à l’extérieur (ou inversement) sans transition et il n’y a que lorsque l’on trépasse qu’on doit se résigner à relancer la partie depuis un point de contrôle généralement fort lointain, que l’on retrouve un de ces interminables écrans de loading.

Un RPG élitiste, bourré de défauts de jeunesse dans sa réalisation, pas très accessible au commun des joueurs, mais qui fera sans doute le bonheur des rôlistes « intégristes » dans les mois à venir si Warhorse Studios parvient à corriger la flopée de bugs qui cache le plaisir…

Good

  • Un monde ouvert
  • Pas mal d’interaction
  • Un moteur graphique réputé…

Bad

  • ... malheureusement buggué à mort
  • Des mécaniques de jeu peu accessibles
  • Des temps de chargements longuets
5.9

Moyen

Ex journaliste, feu globe-trotter à plein temps, papa, technophile, gamer et retrogamer depuis toujours. Adorateur du HDMI, Grand Manitou du VGA et chevalier de l'Ordre de la Péritel. Aime la 32X, voulait croire en la Jaguar et la WiiU. A commencé dans la presse mag jeux vidéo en 2005.
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